Voyager avec un(e) hypersensible ou en tant qu’hypersensible : astuces & conseils

Ayant voyagé avec plusieurs personnes hypersensibles et étant hypersensible moi-même, je sais à quel point le voyage peut vite devenir un cauchemar. Depuis la préparation du voyage jusqu’à l’après-voyage. Mais rassurez-vous, être hypersensible ne veut pas dire qu’il faut rester confiné à la maison. Le voyage et l’hypersensibilité sont tout à fait compatibles.

Voici quelques conseils que je peux vous donner si vous comptez voyager bientôt avec un(e) hypersensible, ou si vous êtes vous-même hypersensible.

Comment savoir si je suis hypersensible ?

Il y a un test mis en place par Elaine Aaron, auteure du livre Hypersensibles : Mieux se comprendre pour mieux s’accepter (lien Amazon).
Vous pouvez télécharger le pdf du test ici. Si vous répondez oui à plus de 14 questions, il y a des chances que vous soyez hypersensible.

L’auteure estime qu’une personne sur 5 est hypersensible. Cette particularité est loin d’être un défaut mais elle leur empoisonne souvent l’existence car les hypersensibles ne se comprennent pas, et leur entourage ne les comprend pas non plus. Alors qu’il suffit de connaître les besoins pour planifier un voyage adapté à leurs envies.

Conseils pour voyager quand on est hypersensible

Ce qu’il faut comprendre c’est que les hypersensibles aiment le calme, aiment recharger leur énergie en s’isolant un peu et avoir le plus de repères possibles.

Il n’y pas le même seuil de tolérance d’une personne à l’autre : Ma copine M. entend le moindre bruit et ça la réveille en pleine nuit, alors que moi je peux dormir avec du Linkin Park à fond.

L’organisation du voyage doit ainsi prendre en compte de votre niveau d’hypersensibilité et votre seuil de tolérance.

Destination

La destination est très importante car ça va déterminer les moyens de transport, la durée du voyage et le degré de dépaysement. Plus vous vous éloignez et risquez d’être dépaysé(e), plus le voyage risque d’être compliqué. Si c’est la première fois que vous voyagez, ou la 1ère fois que vous voyagez avec un(e) hypersensible, privilégiez une destination européenne.

Si c’est un tour du monde, partez d’abord dans des pays « faciles » comme la Thaïlande, l’Indonésie, le Japon, les Philippines… avant de monter crescendo pour vous rendre dans des destinations plus difficiles à gérer émotionnellement comme l’Inde, la Chine, le Vietnam, l’Amérique du Sud, Cuba ou les pays africains. Si vous n’avez vraiment pas envie de vous rendre dans un pays, même si tous les tour-du-mondistes y vont, ne vous forcez pas ! Il y a plus de 200 pays dans le monde, ce n’est pas grave si vous ne les faites pas tous. J’ai zappé l’Australie par exemple car je n’ai pas envie de subir le racisme là-bas, j’ai juste zappé ce pays (que tout le monde visite) et ai visité Cuba à la place.

Durée & dates

Je recommande de partir un jeudi matin et revenir un samedi soir. Ainsi, vous évitez les pics de départ et de retour (avec beaucoup de monde, de stress et de bruit). Tout le dimanche pourra être consacré au repos (vacances après les vacances) avant de reprendre le travail le lundi. Pendant le tour du monde, nous prenions toujours l’avion en semaine (de préférence le mercredi ou le jeudi) car les tarifs sont plus bas et c’est beaucoup moins stressant.

Moyen de transport

Voici quelques conseils détaillés par rapport à chaque moyen de transport :

Train : En Europe, le train me semble un moyen adapté aux hypersensibles. Pour éviter de se trouver dans les espaces carrés avec des enfants en bas âge en train de crier, je recommande si possible d’opter pour la 1ère classe. Vous pouvez obtenir des tarifs plus intéressants en réservant bien à l’avance. Évitez cependant les couchettes. La peur d’avoir des puces de lit, ou de rater son arrêt, rendra le trajet beaucoup moins agréable. Dans les autres parties du monde, je déconseille le train car les sièges ne sont pas super confortables.

Bus : dans presque tous les pays, il y a des bus pour locaux et des bus pour touristes. Optez toujours pour un bus pour touristes, déjà pour avoir une place assise, ensuite pour aller plus vite (les bus locaux s’arrêtent toutes les 5 minutes pour prendre des gens). Vous pouvez trouver ces bus en Amérique Latine sur le site busbud (lien) ou en Asie sur le site 12go.asia (lien). En Europe, je déconseille Flixbus qui est souvent en retard et qui ne communique pas clairement sur les points de départ et d’arrêt – ce qui crée un stress supplémentaire – et vous conseille vivement le train, beaucoup plus à l’heure et en cas de retard, au moins vous pouvez poser la question à quelqu’un, contrairement à Flixbus.

Voiture : c’est une bonne option. La voiture est comme un petit cocon, les road trips peuvent être très agréables, surtout si ça se passe dans les pays avec peu de trafic comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Islande… Dormir dans un van, c’est beaucoup plus dur par contre 😀

Avion : le problème principal de l’avion, c’est le temps d’attente beaucoup trop long entre le départ vers l’aéroport et le décollage.
Si vos finances le permettent, ce que je recommande c’est de prendre un Uber ou un taxi pour se rendre à l’aéroport. Si ce n’est pas possible, il vaut mieux prendre un bus spécial aéroport (shuttle) plutôt que de prendre des transports publics. Les transports publics ne sont pas adaptés aux voyageurs et surtout pas aux hypersensibles (pas d’espace pour les valises, trop d’arrêts, trop de monde). De plus, les shuttles coûtent à peine plus cher : le bus direct vers CDG coûte 18€ alors que le même trajet avec l’horrible RER B coûte 11,4€.
Si vous pouvez choisir votre place, optez pour une place côté couloir, à l’arrière (par exemple s’il y a 40 rangs, choisissez le range 33 ou plus). Évitez les sièges près des portes d’urgence (qui ne sont pas inclinables) et évitez les sièges de devant (vous risquez d’être juste derrière une maman voyageant avec un enfant en bas âge car le premier rang de la classe économie des gros avions est équipé d’une lange). Si vous ne pouvez pas la choisir à l’avance, demandez gentiment à l’hôtesse qui fait votre enregistrement, la place qui vous convienne le mieux. Si vous voyagez seul(e), vous pouvez demander à bloquer le siège d’à côté, pour que personne ne se mette à votre côté de vous – ce service est gratuit et tout le monde accepte si l’avion n’est pas full.
Ensuite, à l’aéroport même, l’astuce est de vous asseoir devant la porte d’embarquement d’un autre avion qui part dans très longtemps. Ainsi, il y aura moins de monde. 20 minutes avant l’embarquement de votre avion, rejoignez doucement votre vraie porte d’embarquement et soyez parmi les derniers à embarquer. Ne faites pas la queue, attendez pour être parmi les derniers passagers. La raison pour laquelle les gens aiment monter en premier dans l’avion, c’est pour avoir de la place pour leur bagage à main. N’ayez aucune crainte. En cas de manque d’espace, l’hôtesse de l’air va trouver une place pas trop loin pour vous ou va mettre votre bagage à main à la classe Business. Au pire, votre bagage partira en soute sans aucun frais supplémentaire (vous aurez un petit ticket comme pour un bagage en soute normal). De notre côté, nous avons accès aux lounges VIP d’aéroport avec Priority Pass, que vous pouvez acheter à part ou profiter gratuitement avec votre American express Business Platinum. Je ne dis pas que tout le monde doit le faire, mais si vous avez les moyens, patienter sur un siège confortable, avec une musique relaxante et avoir accès à un buffet à volonté juste avant le vol est beaucoup plus moins stressant que de devoir se battre pour un siège inconfortable devant la porte d’embarquement. Au début, je disais à JB que c’était de l’argent jeté par la fenêtre, mais après avoir passé du temps dans les lounges et voir mon niveau de stress diminuer considérablement à chaque fois, je valide 😀

Que faut-il amener ?

Je dirais le moins de choses possible. Vous pouvez lire tous les articles de notre rubrique « Voyager léger » ici.
L’idéal est de partir avec (1) un sac à main si c’est pour un week-end (2) un bagage à main pour les vacances d’une semaine (3) un sac à dos pour un tour du monde.

Il faut voyager léger car les déplacements sont déjà stressants. S’il faut en plus regarder où sont tous vos bagages, si vous les avez tous, les descendre, les monter dans le train/bus… ça crée du stress et de la fatigue supplémentaires. S’il vous manque quelque chose, il vaut mieux acheter une fois arrivé à destination, ça vous fera un petit souvenir de votre voyage.

Cependant, je recommande quand même certains items indispensables à prendre sur vous, pour rendre le trajet plus confortable :

  • un petit gilet : la clim est toujours trop forte, partout. Il vaut mieux l’avoir toujours sur vous
  • des sous-vêtements de rechange : en cas de perte de bagages, au moins, vous vous sentirez propre
  • un oreiller gonflable (lien Amazon)
  • des lunettes de soleil : les hypersensibles sont très sensibles à la lumière aussi. Il faut toujours les avoir sur soi
  • de quoi vous divertir : je recommande des podcasts à télécharger en offline avant votre départ
  • un petit snack : les retards sont nombreux, les hypersensibles ne supportent pas d’avoir faim
  • une playlist relax/détente

L’hébergement

Les auberges de jeunesse sont à proscrire absolument. D’abord parce que la plupart attirent les jeunes fêtards, qui ne sont pas du tout le type de personnes que fréquentent les hypersensibles. Ensuite, il y a ce problème d’espaces, toilettes & douches à partager : trop d’interactions alors que les hypersensibles ont besoin d’un espace intime pour se ressourcer à la fin d’une journée de visite. Si financièrement, c’est trop difficile, je recommande d’opter pour une chambre privée au sein d’une auberge de jeunesse. Ainsi, il n’y aura que la salle de bain à partager. Je recommande aux hypersensibles de rentrer un peu plus tôt à l’auberge et prendre la douche en fin d’après-midi, comme ça il n’y aura personne. Sinon, choisissez les dortoirs à 4 lits maximum et dormez avec des boules quiès et un masque.

Les Airbnb sont à choisir avec beaucoup de réserve. Les airbnb n’acceptent pas de check-in avant 15h-16h en général. La communication avec le proprio pour récupérer la clé peut être ch*ante, surtout si l’on ne parle pas très bien anglais/espagnol. Je conseille Airbnb aux voyageurs un peu plus expérimentés ou qui restent longtemps dans une ville. L’autre alternative est de choisir uniquement des Airbnb avec check-in automatique (code à entrer ou clé cachée dans une boîte à code)

Les hôtels sont les meilleurs choix. Je conseillerai de choisir un hôtel bien situé (pour limiter les déplacements) proposant un petit-déjeuner et ayant un restaurant sur place. Ainsi, si les visites en journée sont déjà trop intenses, au moins le dîner à l’hôtel peut se faire au calme, sans stress, sans sortir. Les hôtels avec restaurant proposent parfois du room service si besoin. Quant il s’agit des plats principaux, je trouve que les tarifs restent très acceptables, contrairement à ce qu’on peut penser du room service. Si votre budget le permet, je conseille les chaînes ibis ou Novotel. L’avantage c’est qu’ils proposent, même à l’étranger, des petit-déjeuners et plats français. Ça fait du bien surtout si vous ne supportez pas la cuisine locale.

Quel que soit votre choix d’hébergement, lisez bien les avis pour éviter les zones de fête, zones industrielles, les hôtels à côté d’une boîte de nuit ou juste à côté d’une avenue très fréquentée.

La nourriture

Avant de partir, je vous conseille de vous rendre sur Tripadvisor/Google Maps et épingler tous les restaurants qui « vous parlent ». Une fois sur place, vous pouvez tout simplement ouvrir le map de Tripadvisor et vous rendre directement à l’un des restaurants que vous avez épinglés, comme ça vous n’avez pas le stress de devoir trouver un restaurant ASAP.

Il est important d’épingler aussi les restaurants français (ou le type de cuisine que vous aimez : vietnamien, coréen…) – car si vous ne supportez pas la cuisine locale, il ne faut pas se forcer. C’est tout à fait OK de craquer pour du poulet rôti à la française à l’étranger plutôt que de manger un n-ième pad thai. Si c’est trop difficile de trouver la cuisine que vous aimez (j’ai eu par ex. beaucoup de mal à trouver des restaurants asiatiques en Amérique du Sud), épinglez aussi les restaurants italiens. Normalement, tout le monde aime les spaghetti à la sauce tomate, n’est-ce pas ?

Le programe

Les stimuli, les lieux animés… sont très fatiguants pour les hypersensibles. Ainsi, il vaut mieux un programme light (pas plus de 2 grosses visites par jour) et des petites pauses tranquilles entre deux visites. Ça peut être un petit parc, un jardin botanique ou tout simplement un temple ou une église. N’hésitez pas à revenir à l’hôtel pour une petite sieste entre deux grosses visites. Ce n’est pas grave si vous ne visitez pas tous les monuments connus de telle ou telle ville. Les guides de voyage sont faits pour répondre à une multitude de goût, ce n’est pas une checklist. Prévoyez une demi-journée ou une journée de repos après le voyage pour vous remettre de toutes vos émotions.

Je vous recommande aussi de vous renseigner un maximum sur les monuments et destinations avant le départ. Comme ça vous savez au moins à quoi vous attendre. Ça fait peut-être « spoiler » mais je trouve ça rassurant de savoir où aller, ce qu’il faut regarder, comment se déplacer. Le mien par exemple est assez précis dans les descriptions, sur les transports d’un point à l’autre (cf. la liste des pays couverts)… il a justement été fait pour rassurer tous les voyageurs anxieux ou perfectionnistes. Je vous donne d’autres astuces pour bien planifier comme il faut ici

Les excursions en groupe ou les voyages organisés sont à éviter – car le programme n’est pas assez flexible et il peut y avoir trop d’interactions et trop de stimuli. Dans chaque groupe, il y a toujours une personne qui envoie de très mauvaises ondes – chose que les hypersensibles détectent tout de suite et sont affectés. Il vaut mieux partir en petits groupes pour une journée maximum, pas plus. Je trouve les free walking tours assez intéressants car on peut quitter le groupe à tout moment.

Pendant le tour du monde, notre rythme est plus soutenu et pour ne pas me créer trop de charge mentale, je planifie un jour à l’avance seulement. Le matin, nous faisons nos sacs pour changer d’hébergement. Nous déposons nos sacs à l’accueil puis visitons. Nous rentrons assez tôt, vers 16h. Je complète le blog puis prépare le programme du lendemain. Je demande ensuite à JB de réserver l’hébergement pour le lendemain (ça peut être la ville actuelle ou une autre ville, selon le programme déterminé). Nous dînons puis passons toute la soirée à surfer ou regarder un film. Si nous avons besoin d’interactions sociales, nous discutons avec les gens à l’accueil, ou avec nos proches via Facebook. De temps en temps, on s’accorde une semaine sans rien faire du tout, sans visiter, sans même aller à la plage. Juste pour chiller.

Voici quelques activités qui peuvent plaire aux hypersensibles :

  • visite d’un petit musée
  • admirer de beaux paysages
  • participer à un atelier DIY
  • participer à un cours de cuisine
  • toute activité artistique ou sensorielle
  • toute interaction avec les animaux : dans un café de chats jusqu’à un safari en Afrique du Sud
  • un massage doux : enfin ça dépend des gens, le toucher peut être dérangeant pour certains. Il vaut mieux opter pour un massage doux du type suédois – au lieu du massage thaïlandais, trop énergétique et trop brusque. Si vous avez un doute, un soin du visage fera du bien à tout le monde

Voilà quelques-uns de mes conseils pour mieux profiter des voyages, que vous soyez hypersensible ou que vous partiez en voyage avec un(e) hypersensible. Je pense que le plus important c’est d’écouter vos besoins, vos émotions et ne pas les réprimer. Si la plupart des gens aiment telle ou telle chose, mais pas vous, il ne faut pas vous forcer.

Avec l’habitude, les choses considérées comme inacceptables au début deviendront acceptables au fil du temps. Donc si vous partez en tour du monde, vous pouvez alterner entre hôtel et auberge, visite et repos, pour connaître votre seuil de tolérance, ce que vous aimez/n’aimez pas.

Personne n’est obligé de rester H24 avec son compagnon de voyage non plus, accordez-vous des moments seuls aussi pour mieux vous retrouver par la suite. Par exemple JB a toujours aimé aller regarder les matchs de foot partout dans le monde, une expérience que je qualifie d’insupportable pour moi, il ne m’a jamais obligée de l’accompagner et je ne m’en suis jamais voulu de ne pas y aller non plus.

Bon voyage !

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    Anh

    Anh est franco-vietnamienne et a vécu dans de nombreux pays (Russie, Australie, France, Norvège, Vietnam). Elle aime par dessus tout les chats, le DIY et la bonne cuisine. Ayant une très bonne mémoire, Anh est capable de vous donner le tarif du petit bus pris entre le Chili et la Bolivie qu'elle a pris il y a 3 ans.

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