[story time] Mon exchange semester à Sydney (Australie) : Entre l’attente et la réalité (1/2)

Ce mois-ci, vous aurez droit aux anciens voyages effectués avant le tour du monde.
Aujourd’hui, je vais vous raconter de mon séjour en Australie en 2009 en tant qu’étudiante en échange.

Partie 1 : Entre l’attente et la réalité
Partie 2 : Mais tout n’était pas si noir : mon carnet de voyage en Australie

Partie 1 : Entre l’attente et la réalité

À cette époque, je développais une passion pour l’Australie. Je me suis inscrite au cours « cinéma australien » à mon école de commerce, le cours consistait à regarder tous les lundis après-midi des films cultes australiens et à rêver d’un échange à Sydney.

Un an plus tard, après une année césure en Norvège, j’étais au top du top : je venais de finir avec un brio un stage chez le 2ème meilleur employeur en Norvège, dont le process de recrutement était très difficile, à la fin duquel j’ai pu économiser 10,000€. J’ai réussi tous les tests Toefl ibt et Toeic et je venais de décrocher une des deux places gratuites chez University of Technology de Sydney, me dispensant de 10,000$AU de frais de scolarité et me donnant 50% de réduction à tous les services publics de l’état New South West. Autant vous dire que c’est le graal pour tout étudiant étranger en Australie.

C’était avec un optimisme maximum que j’ai débarqué à Sydney en juillet 2009, déterminée à trouver un job et m’y installer pour toujours.

Mais tout n’était pas rose

Comme c’était mon dernier semestre, j’ai été placée au niveau post-graduate. La plupart des élèves étaient déjà en poste et finançaient leurs études soit par leur boulot, soit grâce à leur économie (j’en parlerai un peu plus en bas). Chaque semestre coûtait 10,000$. Les cours avaient lieu après 19h. Toute la journée, j’avais du temps libre pour faire du sightseeing ou cuisiner. Je n’avais que 4 matières (à choisir parmi 8) mais je devais assister aux classes tous les jours.

Les élèves qui travaillaient déjà avaient un niveau incroyable. Les présentations qu’ils donnaient étaient au niveau corporate et non au niveau scolaire. C’était très difficile de m’intégrer car non seulement je ne faisais pas partie de « ceux qui travaillent » mais en plus je suis asiatique. Mes tentatives d’intégrer aux groupes australiens étaient un échec cuisant, seuls les groupes asiatiques et élèves internationaux m’acceptaient. C’est dommage surtout qu’on a des devoirs à rendre en groupe pour toutes les matières.

Je n’avais encore jamais dû faire face au racisme mais ici je le ressentais chaque jour, chaque seconde. Une fois, j’étais assise avec une française (et blanche) en échange comme moi, plusieurs élèves sont venus nous parler naturellement. Alors que quand j’étais avec des amis asiatiques ou indiens, tout le monde nous ignorait. Je m’en souviens, quand je participais à un jeu organisé par la mairie de Sydney, plusieurs blancs sont passés par là, voyant quelques asiatiques, ils ont dit d’une manière méprisante : « c’est un jeu pour asiats ».

À la télé, il n’y avait que des blancs. Avec les immigrés, les aborigènes se situent en bas de la société. Les quartiers aborigènes sont considérés comme les plus craignos. Dans la rue, les gens les fuient…

Le système anglo-saxon

Ce paragraphe ne sert qu’à vous donner quelques insights de mes études en Australie, comme une parenthèse rafraîchissante au milieu de ce long texte de négativité 😀

Le modèle anglo-saxon diffère du modèle Licence – Master – Doctorat français. En France, les étudiants continuent naturellement les études de Master (équivalent du Bac+5), une des nombreuses conditions pour devenir cadre (en tout cas dans mon industrie). Seul le Doctorat marque une séparation entre ceux qui sont dans les études supérieures et ceux qui « aiment vraiment faire les études ».

Alors qu’en Australie, après 4 années d’études, les étudiants sont diplômés et chercheront leur premier emploi. Toutes les autres études supérieures (Master’s Degree, phD) correspondent aux postgraduate studies. Seuls ceux qui sont intéressés par l’enseignement de haut niveau, des postes de haute responsabilité ou de la recherche continuent leurs études après cette 4ème année. Et en général, les australiens le font après quelques années de travail afin d’avoir des moyens de financer leurs études hors de prix. Tandis que les étudiants étrangers préfèrent terminer d’abord leur Master’s Degree, pour travailler plus tard.

Ainsi, ma 5ème année universitaire (correspondant à la 3ème année d’école de commerce) = 1ère année de postgraduate.

Le système anglo-saxon favorise aussi les recherches personnelles, d’où les nombreux dossiers à rendre, seuls ou en groupe. Il y a des cours en amphi mais aussi des TD donnés par les assistants des professeurs (qui travaillent parfois dans le privé). Mais c’est très peu par rapport au nombre de cours dispensés dans une école de commerce française.

En tant qu’étudiants, nous avons tous accès à une base d’études/thèses (anglophones pour la plupart) pour effectuer toutes les recherches que nous souhaitons. La bibliothèque est également impressionnante et si nous le voulons, il est possible de faire venir des livres d’autres universités partenaires. Nous pouvons emprunter jusqu’à 10 livres à la fois (et vu le prix de ces livres, c’est une très bonne chose). Les livres obligatoires sont communiqués à la bibliothèque par les professeurs, il y en a donc toujours un disponible à la bibliothèque et qu’on ne peut pas emprunter.

La lutte contre le plagiat est importante et de nombreux moyens sont mis en place pour éviter ce fléau. Tous les dossiers rendus doivent être téléchargés sur une plateforme en ligne. Ce système scanne le dossier, matche son contenu avec les articles, sites Web, Google, les anciens dossiers rendus…  Il souligne ensuite les passages qui ressemblent à ces sources pour donner un « score de plagiat » à la fin. Si le score dépasse un certain pourcentage, il faut réécrire le dossier.

Evidemment, nous avons le droit de citer les passages d’un livre, d’une étude. Mais dans ce cas, il faut adopter le système d’Oxford (Oxford referencing system), standardisé et très stricte. Par exemple, je vais paraphraser l’idée générale d’un livre et à la fin de la phrase, je vais citer la source en écrivant (Ratnagar, 2004). A la fin du dossier, il y aura une liste de toutes les ressources consultées et j’écrirai Ratnagar, S., Trading Encounters: From the Euphrates to the Indus in the Bronze Age, New Delhi, Oxford University Press, 2004.

L’idée n’est pas de forcer tous les élèves de trouver de nouvelles idées toutes les 5 secondes, mais de reconnaître le travail des autres, argumenter son raisonnement (à l’aide de preuves et d’études) et aussi montrer aux professeurs les recherches personnelles effectuées.

Mon logement

Dans le premier temps, ma mère a trouvé une chambre chez une de ses connaissances. Cette dame hébergeait aussi deux étudiants vietnamiens. L’une d’entre eux travaillait vraiment beaucoup, dans le but de décrocher une bourse pour financer ses études. Pour avoir une chance d’obtenir une bourse, elle devait obtenir le high distinction c’est à dire une moyenne entre 3,5 et 4 sur 4 ! L’appartement étant petit, le seul coin où elle pouvait s’asseoir était au pied du lit. Elle y passait toute la journée, pendant que je matais la TV et feuilletais mes chapitres de cours en lisant uniquement le résumé. Sa spécialité étant la comptabilité, c’était normal qu’elle passe autant de temps. Ma spécialité étant le marketing et la communication, écouter attentivement en classe était suffisant.

J’ai tellement donné pendant mon année de césure en Norvège et puisque c’était mon dernier semestre, mon but, c’était d’avoir 2 sur 4 uniquement pour réussir mon semestre et être diplômée.

Autant vous dire que mon attitude « je n’ai pas besoin de trop travailler » a agacé pas mal cette famille qui voyait débarquer une boursière, dépensant de l’argent sans compter et qui préférait traîner à l’opéra de Sydney que d’aller à la bibliothèque.

Cet appartement se trouvant dans un endroit un peu craignos (selon les critères australiens). Comme mes cours finissaient tard, je devais soit attendre le bus de l’école déposant les élèves au campus pas très loin, ou prendre un taxi. À 6$-7$ par jour de taxi et l’entente n’étant pas au top avec la famille qui m’hébergeait, on a décidé de me trouver un autre appartement.

C’est alors que je me suis rendu compte de la difficulté pour les immigrés et étudiants de survivre dans cette jolie ville. Etant « boursière » (je ne payais pas les frais de scolarité), je n’avais pas le droit au campus. Mes recherches sur les sites de petites annonces n’aboutissaient qu’à des sunny rooms. J’ai décidé d’en visiter une. L’horreur ! On m’a montré un bout de balcon vitré sans rideaux ni rien. Il y avait juste un matelas, tout l’immeuble d’en face pouvait me voir dormir. Pour 120$ la semaine ! Sinon, j’avais l’autre option : prendre un des trois lits dans une petite chambre pour 160$. Autant vous dire que j’ai fui le plus vite possible.

Je décroche un autre rdv avec Sleeping with the enemy qui propose des chambres privées pour 185$ la semaine ou une chambre à partager avec une autre fille pour 145$ par semaine. Mais le prix est encore trop élevé pour moi.

Finalement, j’ai opté pour une colocation dans un autre appart’. Le mec m’a donné un coin (2m²) dans le salon, caché derrière une armoire à 130$ la semaine. Pas de porte. J’avais droit à 2 fenêtres et théoriquement personne ne me voyait car la grosse armoire cachait mon lit. Le paiement se faisait chaque semaine par virement. Je devais faire un dépôt correspondant à 4 semaines de loyer.

Le loyer était indiqué par semaine parce qu’apparemment la paie était versée tous les vendredis.

La cohabitation s’est bien passée avec deux autres couples, qui avaient chacun une chambre privée (250$AU/semaine). Le couple brésilien avec qui je discutais beaucoup était là avec un visa étudiant. Cependant, les cours d’anglais coûtaient trop chers, ils étaient obligés de se marier, comme ça une seule personne s’inscrivait aux cours et l’autre avait droit au visa épouse pour travailler dans une cafétéria en banlieue de Sydney. Le mariage a été décidé rapidement, ils se sont mariés entre eux, sans amis ni famille. J’apprendrai plus tard qu’en revenant au Brésil, le couple se séparera.

Impossible de trouver un job

Profitant de mes longues journées libres, j’ai postulé un peu partout. C’est alors que la réalité me fouette en plein visage. Des milliers d’immigrés ont le même souhait que moi. Nous ne sommes plus en France où la maîtrise de la langue rend l’intégration difficile. Ici, tout le monde parle bien anglais, voire parfaitement bien anglais (américains, canadiens, anglais). Malgré mon anglais quasi bilingue, je ne suis qu’une immigrée parmi d’autres, dont l’absence de statut de résidente permanente condamne à ne pouvoir postuler nulle part. En effet, la plupart des annonces indiquent qu’il ne sert à rien de postuler sans la carte de résidence et qu’une copie de cette fameuse carte doit être jointe à la candidature.

J’ai contacté une australienne qui était en échange à Paris dans mon école pour demander de l’aide. Elle m’a confirmé la difficulté de trouver un emploi, même pour elle. Le salaire des jeunes diplômés étant 35000€ en France, à cette époque c’était 35000$AU aussi en Australie mais en dollars australiens et avec un coût de vie plus élevé qu’à Paris.

En épluchant les conditions pour obtenir une carte de résidence, j’ai découvert une sorte de barème avec des points. Il fallait en avoir 120 pour postuler. Les métiers donnant le plus de points étant cuisiner ou médecin. Même si je me mariais avec un australien, je n’avais pas assez de points lol.

J’ai croisé plein de français en visa vacances travail en Australie, tous venus avec l’idée de trouver un job, même un petit. Mais il n’y avait pas de jobs ! Il fallait parler très bien anglais, ou attendre la saison des vendanges et être payé une misère. Lors de mon voyage à Melbourne, j’ai croisé plein d’anglophones qui étaient à l’auberge de jeunesse depuis 3 mois, à la recherche d’un job. Ils étaient parfaitement anglophones càd canadiens ou américains. Quelqu’un leur a fait rêver d’une meilleure vie ici, mais en réalité, il n’y avait pas de job, même pas pour être serveur ou femme de ménage. Même si quelqu’un obtenait un job pendant le visa vacances travail, obtenir un permis de travail après celui-ci était quasiment mission possible. Il fallait le sponsorship de l’employeur qui abandonnait très vite car il n’aurait aucun mal à trouver un remplaçant. Les seuls métiers qui ne suivaient pas cette logique étaient des métiers de comptabilité, cuisiner ou ingénieurs de très haut niveau.

Bien évidemment, étant très jeune, j’ai pris tout ça personnellement, me sentant moins que rien et impuissante. J’ai passé des heures et des heures à écrire, re-écrire mon CV, refaire des lettres… Mon visa allait expirer et je n’ai pas été conviée à un seul entretien. Je ne savais pas ce que j’allais devenir, ce que j’allais faire… et chaque jour mon rêve de m’installer en Australie devenait de plus en plus inatteignable.

À la fin de mon semestre, avec ma moyenne de 74/100 (arrondi en-dessous à 2,5/4 selon leur système de GPA) , j’étais plutôt satisfaite de moi. J’ai appris beaucoup de choses notamment les principes de la publicité dont je ferais mon métier 4 ans plus tard. La fille chez la dame vietnamienne m’a regardée bien évidemment de haut, elle qui avait 3,5 sur 4. Je ne sais plus si elle a finalement obtenu sa bourse tant désirée.

Après ces 4 mois en Australie, j’ai enfin compris la dure réalité, la vraie compétition, la place des immigrés. Je n’ai jamais ressenti autant de discrimination en France, ayant toujours suivi la « voie royale » (classes prépas, école de commerce) et étant parfaitement intégrée. Je me suis rendu compte que l’herbe n’était pas toujours plus verte ailleurs. C’est pour cela qu’après plusieurs années, j’ai toujours une forte attache à la France, que les français critiquent tous les jours, mais qui est un des pays donnant le plus de chance aux immigrés. Après 13 ans, j’ai même obtenu la nationalité française. À la cérémonie, je n’ai pas pu empêcher mes larmes de couler en chantant La Marseillaise.

Pour mon 1er tour du monde, j’ai fait exprès de dégager l’Australie de ma liste, n’étant pas à l’aise avec le racisme auquel j’ai dû faire face. Mais j’y reviendrai un jour, pas en tant qu’immigrée mais en tant que nomade.

Je voulais faire cet article pour mettre en garde ceux qui voient l’Australie comme une source de revenus pour leur tour du monde. Certes, j’y suis allée au pire moment (2009, crise financière mondiale tout ça tout ça) et j’étais jeune diplômée donc j’avais sûrement moins de chance de trouver un travail. Mais je n’ai pas aimé ressentir à ce point là le racisme.

Je sais que beaucoup veulent profiter de leur visa vacances-travail en Australie, mais sachez que vous n’êtes pas seul, vous êtes en compétition avec des gens dont l’anglais est la langue maternelle, et il faut toujours avoir un plan B.

Note : Objectivement, je pense que j’aurais pu trouver un travail en Australie en persévérant davantage (rester un semestre en plus en attendant de trouver un stage, puis un CDI). C’est entièrement de ma faute si je n’ai pas pu réaliser mon rêve. Mais je pense aussi que ce rêve n’était pas si important que ça pour moi, sinon je me serais battue beaucoup plus. Et puis, quand on voit ce que je fais actuellement, franchement, je n’ai pas à me plaindre.

Malgré les conditions difficiles en Australie, j’y ai passé un de meilleurs moments de ma vie (cf. mon carnet de voyage). J’ai dépensé une grosse partie de mes économies durement gagnées pendant mon stage en Norvège (dont je vous parlerai dans un autre article), mais sans aucun regret. De cette expérience, j’en ai tiré au moins 3 points positifs :

  1. J’ai appris très tôt, en comparant avec mes expériences en Australie ou en Norvège, à quel point la France était un pays merveilleux. Et ça m’a permis pendant de très longues années de beaucoup relativiser, même s’il y avait des moments très durs, où je ne voyais pas forcément le bout du tunnel.
  2. Même si j’avais déjà un niveau presque bilingue en anglais après mon année de césure en Norvège, les 4 mois en Australie sur le CV étaient considérés par beaucoup de recruteurs comme une « preuve » de mon niveau en anglais. J’ai ensuite obtenu un stage & plusieurs CDI grâce à mon anglais, et donc, grâce à ces 4 mois en Australie.
  3. C’était un de mes rares échecs et si au début, je l’ai pris comme une claque dans la figure, des années plus tard, j’ai compris qu’un échec cuisant de ce type devait arriver un jour ou l’autre, et c’était une chance de l’avoir aussi tôt dans ma carrière pour que j’apprenne à le digérer et en sortir plus forte.

[story time] Mon exchange semester en Australie : Sydney, Brisbane, Melbourne & Adelaide (Carnets de Voyage) 2/2
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Anh

Anh est franco-vietnamienne et a vécu dans de nombreux pays (Russie, Australie, France, Norvège, Vietnam). Elle aime par dessus tout les chats, le DIY et la bonne cuisine.

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