Mes Favoris du Moment – [Novembre 2025] : L’Amant, Le Nom de La Rose et Livres interdits

J’ai toujours aimé regarder les DVD au lieu de regarder les films et séries en streaming. Car seuls les DVD proposent des bonus, et notamment des pistes audio avec commentaire plan par plan par le réalisateur ou scénariste. Cela permet de ne pas rater certains détails, connaître les coulisses de tournage et surtout comprendre le scénario. Il y a des séries comme Mad Men où le contexte historique est trop important, que je ne comprends pas certaines décisions des personnages. J’ai été ravie d’avoir accès aux bonus pour mieux comprendre cette série.

Les laptops n’ont plus du tout de lecteurs DVD, j’ai dû acheter un lecteur DVD portatif pour brancher à mon ordinateur (lien Amazon). JB nous a installé un grand écran dans la chambre et ça nous a permis d’avoir une sorte de « home cinema », particulièrement agréable surtout par temps froid.

J’ai emprunté plusieurs DVD à la médiathèque. Puisque ce sont des films et séries qui sont sortis depuis longtemps, les bonus sont beaucoup plus complets. J’ai emprunté deux films réalisés par Jean-Jacques Annaud. J’aime beaucoup son travail, autant que celui de Jean-Pierre Jeunet. Les deux réalisateurs sont minutieux, perfectionnistes, aiment beaucoup avoir un décor de cinéma digne de ce nom. Peter Jackson aussi, veut avoir le minimum d’effets spéciaux possible. Tous les films utilisant de vrais objets vieillissent bien et font authentiques.

L’Amant

L’Amant faisait partie des premiers films français à être tournés au Vietnam juste après la guerre. L’Indochine et l’Amant ont contribué au développement du tourisme au Vietnam dans les années 90. Jean-Jacques Annaud a été accompagné d’un historien vietnamien, qui conseillait sur les manières de se vêtir, de se comporter des années 20 et il était très fier du film, en disant que ça pouvait être utilisé comme un documentaire pour montrer le Vietnam quand le pays était une colonie française. Il y a de très belles gravures de cette époque mais les vidéos d’archives sont rares, donc ce film a réussi à recréer cette ambiance, la moisissure, l’humidité, la chaleur étouffante et la misère.

Pour mieux comprendre les deux films de JJ Annaud, j’ai lu son livre Une vie pour le cinéma (lien Amazon, lien Fnac) dans lequel il apporte des informations complémentaires (car malheureusement l’Amant comporte un documentaire bonus mais le directeur ne commente pas le film plan par plan). Le travail préparatoire avec Marguerite Duras a été désastreuse. Il y a deux vidéos intéressantes où Marguerite Duras commentait le roman avec l’équipe du film et suggérait des plans. Elle voulait écrire le scénario mais elle partait tellement dans tous les sens que finalement le film a été réalisé sans elle.

Je vous laisse découvrir les vidéos de Marguerite Duras. Elle explique pourquoi elle s’est prostituée. Elle n’a pas gardé un seul sou de cet argent, elle a tout donné à sa famille, et son frère lui a volé de l’argent. C’était pour manger. Et acheter des vêtements d’hiver pour le retour en France. La pauvreté de cette famille n’a pas été longuement expliquée dans l’Amant le livre, mais bien expliqué dans l’Amant le film : le projet de barrage contre le Pacifique; une injustice que dénonçait Duras. Les colons pauvres se voyaient attribuer des terres non cultivables. Ce qui est vraiment triste, c’est que l’histoire semble se répéter : l’actrice qui incarnait Duras à l’écran a accepté ce rôle pour sortir de son milieu social. Le déjeuner entre Annaud et les parents de l’actrice rappelle la scène du dîner avec le chinois. A cause de ces scènes torrides (Annaud filme toujours trop bien les scènes d’amour), elle a été beaucoup critiquée et ça l’a déprimée. Sa carrière n’a jamais décollé. Annaud dit l’avoir revue et qu’elle allait bien et était quand même contente d’avoir fait le film.

Le hasard a fait que je lise en ce moment des romans racontant finalement la même histoire : Scarlett O’Hara d’Autant en emporte le vent, Cao Xueqin l’auteur du Rêve dans le Pavillon rouge, et maintenant l’enfant dans l’Amant sont des ados qui ont dû grandir trop vite, donc leur personnalité est restée figée dans le temps, ils n’arrivent pas à devenir de véritables adultes. Scarlett O’Hara et Duras, malgré le succès financier, restent toujours dans la mentalité de rareté, de manque. Annaud reproche à Duras d’être seulement intéressée par l’argent. Je crois que Coco Chanel aussi a souffert de la même critique. J’imagine que quand on a connu la faim, qu’on est une femme, seule, il est difficile de se dire qu’on s’en est vraiment sorti et que plus jamais la faim viendrait frapper à la porter.

Pour Jean-Pierre Jeunet, je recevrai bientôt son livre Je Me Souviens – 500 Anecdotes De Tournage (lien Amazon). MAJ : que je ne recommande pas car il est décousu et n’apporte pas plus d’informations que les commentaires DVD qu’il a faits.

Le nom de la rose

Ce que j’aime beaucoup dans Le Nom de la Rose, c’est bien sûr le scriptorium, les manuscrits enluminés. J’ai d’ailleurs acheté une version illustrée de ce roman (que j’ai montré en vidéo ici). Dans le film, les manuscrits où on zoomait dessus ont bien été faits par des moines en Italie, toujours selon la technique ancestrale (comme ce que moi je fais actuellement sur parchemin). J’ai regardé la série de 2019 qui adapte aussi le même roman et tout est trop propre, pas assez sale pour le Moyen-Âge. Alors que dans le film, tout est patiné (les murs, les vêtements, sandales…), qui fait que c’est beaucoup plus authentique. On dirait un documentaire sur le Moyen-Âge, tous les costumes, les accessoires ont été fabriqués à la main pour que ça respecte totalement l’esthétique du Moyen-Âge. Il dit que pour faire un mur pas droit, ça coûte beaucoup plus cher qu’un mur droit ahaha. Ce que j’aime beaucoup c’est la représentation sur plusieurs étages de la bibliothèque, alors que dans le roman (il y a un plan), on dirait qu’elle est plus plate et sur un seul étage. Lors de la scène de l’incendie, l’équipe du film a dû s’enfuir en catastrophe dans ce véritable labyrinthe d’escaliers, heureusement, sans accident.

En ce qui concerne Umberto Eco, j’ai déjà écrit un long article sur une discussion de bibliophiles entre lui et JC Carrière ici.

Livres interdits

En parlant du Nom de la Rose, où le thème de « livres interdits » est au coeur de l’intrigue, j’ai reçu une leçon récemment à propos des connaissances à partager ou pas.

Dans la croyance asiatique, il est interdit de dévoiler les « secrets célestes », d’où l’obscurité des prophéties de Nostradamus, que l’on parvient péniblement à interpréter après coup. Un exemple littéraire marquant se trouve dans le roman Le rêve dans le Pavillon Rouge que je vous ai présenté le mois dernier : le protagoniste fait un rêve prophétique dès le début du roman (chapitre V), il a accès à des poèmes dévoilant le destin de chaque membre de sa famille, mais leur compréhension lui échappe, tout comme au lecteur, tant que l’œuvre n’a pas livré tous ses secrets. Dans les sociétés secrètes, les secrets sont communiqués au fur et à mesure aux initiés selon leur degré d’avancement dans cette société secrète.

Sur ce blog, parfois je révèle des connaissances spirituelles avancées et je me pose très souvent la question : à qui ça peut bénéficier ? est-ce que j’ai bien expliqué ou ça peut être mal interprété ? et si ça tombe entre mauvaises mains ? et au moindre doute, je préfère ne pas en parler. Mon auteur préféré Nguyen Duy Can dit souvent qu’il a peur de trop dire, quand on dit trop, on risque de dire des bêtises, de dévoiler les secrets célestes (lộ thiên cơ) aux mauvaises personnes, il vaut mieux dire trop peu. La connaissance n’est utile qu’à celui qui est capable de la recevoir ; sinon, elle crée frustration, confusion. Si elle est mal comprise, c’est encore pire. Il y a quelques années, une gourou viet a popularisé la notion de numérologie sur YouTube, sauf que certaines de ses leçons ont été mal comprises, induisant une vague de femmes enceintes qui planifient des césariennes (!!!) juste pour avoir une bonne date de naissance en numérologie pour leurs enfants. Stupidité !

Quand une connaissance est interdite ou difficile à obtenir, cela donne envie aux gens de l’avoir, parfois même jusqu’à commettre des actes graves, comme dans « Le Nom de la Rose ». On la désire simplement parce qu’elle n’est pas accessible. Mais si personne ne sait qu’elle existe, ou si elle est en vente libre partout, plus personne ne s’y intéressera vraiment. J’ai déjà proposé des livres riches, accessibles et remplis de “connaissances interdites”, mais comme on peut les acheter facilement en librairie, personne n’en veut.

Finalement, pour s’assurer que personne ne découvre une connaissance précieuse, rien de plus efficace que de la déposer… dans les rayons d’une librairie.

L’histoire de Guǐgǔzǐ

« Dans le milieu de l’élite, il y a un dicton : « le maître cherche son disciple, ce n’est pas le disciple qui cherche son maître » ; ou bien, « quand tu as accumulé assez d’aspiration, le maître apparaîtra ». Cela signifie que les grands maîtres cherchent eux-mêmes leurs disciples avec des épreuves très strictes. Sans une foi complète, solide et des qualités morales et intellectuelles élevées, ils ne transmettent pas leurs vérités profondes. De nombreux secrets antiques ne sont pas transmis, car ces maîtres préfèrent emporter leurs savoirs dans la tombe plutôt que de les donner à ceux qui n’ont pas la dignité requise. En effet, les gens étroits d’esprit utilisent leur intelligence pour leur propre profit, et dès qu’ils cherchent la gloire et l’intérêt personnel, ils nuisent forcément aux autres.

Dans les milliards d’âmes ayant traversé la Terre ces derniers millénaires, beaucoup sont fascinantes, notamment 鬼谷子 (Guǐgǔzǐ) qui vivait retiré dans la montagne. Pourtant sa renommée attira des élèves nombreux. Il accueillait tous, mais selon le potentiel de chacun, il enseignait différemment. À ceux qui avaient le talent, la vertu et la vision lointaine, il enseignait longtemps pour qu’ils changent le monde à leur descente de la montagne. Aux moins doués, avides de gloire et d’argent, il enseignait juste ce qui leur permettait de survivre, avant de s’en séparer rapidement.

Il choisit quatre disciples : 蘇秦 (Sū Qín), 張儀 (Zhāng Yí), 龐涓 (Páng Juān) et 孫臏 (Sūn Bìn). Ils étudiaient jour et nuit, alternant exercices pratiques en dehors de la montagne et discussions théoriques, forgeant ainsi leur expérience. 鬼谷子 (Guǐgǔzǐ) est le seul détenteur d’un secret d’immortalité, se déplaçant pourtant dans le monde. Son but était de transmettre ce secret aux âmes d’élite pour qu’après leur vie d’agitation, ils puissent sereinement atteindre un état supérieur. Cependant, son vœu ne se réalisa jamais car ses quatre disciples choisissaient la voie de la renommée. La légende dit même que 鬼谷子 (Guǐgǔzǐ) erre encore dans le monde.

龐涓 (Páng Juān) fut le premier à décevoir. Dès son arrivée, 鬼谷子 (Guǐgǔzǐ) devina son caractère mais espéra le changer, l’acceptant comme un pari. Après trois ans d’entraînement, il constata que son disciple était banal, égoïste, avide de gloire et incapable de sacrifier ses intérêts pour autrui.

Un jour, 鬼谷子 (Guǐgǔzǐ) vit 龐涓 (Páng Juān) hésiter à entrer. Comprenant son esprit, il l’encouragea à partir pour chercher la richesse et la renommée. Avant son départ, il lui demanda de trouver une fleur pour prédire son destin. En pleine chaleur, la nature morte, 龐涓 (Páng Juān) trouva une fleur vénéneuse qu’il cueillit, mais ne voulant pas risquer un mauvais présage, il la jeta et continua sa recherche sans succès. Finalement, il retourna chercher la fleur fanée, la dissimula sous sa manche, puis revint et dit à son maître qu’il n’avait rien trouvé.

鬼谷子 (Guǐgǔzǐ) lui demanda de montrer la fleur cachée dans sa manche et s’il pouvait dire de quelle fleur il s’agissait. 龐涓 (Páng Juān) nia, et il expliqua : « Chaque fois qu’elle fleurit, elle produit 12 bourgeons, symbolisant les 12 années de carrière de la personne qui la découvre. Cependant, la fleur a une teinte fanée car tu ne l’as pas apportée tout de suite pour l’arroser, mais tu l’as jetée dans les buissons en cherchant une meilleure fleur. C’est pourquoi, le présage de ton avenir indique que, à cause de ta nature avide, tu ne connaîtras jamais la paix. Tu as aussi menti à ton maître, ce qui est un grand péché contre le ciel et la terre. Et ta tromperie entraînera que tu sois toi-même trompé par les autres. Après 3 ans ici, sous l’enseignement de ton maître et la confiance de tes frères d’armes, ta nature ne s’est toujours pas améliorée, et même moi je ne sais pas ce que sera ton destin après ces 12 années de carrière. »

Le maître demanda ensuite à ses trois autres disciples, lors d’une nuit où ils devaient se relayer pour chasser les rats, de veiller pleinement. Seul 孫臏 (Sūn Bìn) travaillait sans relâche avec diligence. C’est alors que 鬼谷子 (Guǐgǔzǐ) lui remit un livre sacré : « Voici 13 chapitres de stratégie militaire de ton grand-père, Sun Tsu, autrefois offerte au roi He Lu du royaume de Wu. Le roi He Lu l’a utilisée pour vaincre l’armée de Chu. Ensuite, le roi He Lu a gardé précieusement ce livre et n’a pas voulu le diffuser. Il l’a enfermé dans un coffre en fer, caché dans la cassure d’un pilier du Cotu Tai. Depuis que l’armée des Yue a incendié la tour, plus personne n’a eu connaissance de ce livre. Moi, j’ai longtemps été ami avec ton grand-père, j’ai pu voir ce livre et j’ai annoté moi-même ses secrets. Tout ce qui concerne la stratégie militaire est dedans ; je ne l’ai jamais confié à personne. Aujourd’hui, voyant ta loyauté, je te le remets. » 鬼谷子 (Guǐgǔzǐ) décida de le transmettre seulement à 孫臏 (Sūn Bìn), car ce trésor pouvait être une bénédiction ou un fléau selon qui le détenait, réservant ce savoir à celui qui avait responsabilité, intelligence, vertu et potentiel. »

Inspiré de : Royaumes en proie à la perdition: Chroniques de la Chine ancienne (Histoire des Zhou orientaux » (Dong Zhou lieguozhi), Feng Menglong, chapitre 87)

Lorsqu’il apprit que le maître avait transmis à Sūn Bìn l’Art de la guerre, Páng Juān fit tout pour s’en emparer, usant de ruses et stratagèmes, mais sans succès. Aujourd’hui, l’Art de la guerre est vendu librement en librairie (lien Amazon), avec conseils pour les appliquer au monde des affaires (lien Amazon), il n’y a que 13 chapitres, pourtant peu de gens prennent la peine de le lire.

[Réflexion] #26 : The Market for Meaning, l'économie de la consolation
[avis] Le Rêve dans le Pavillon Rouge - Bibliothèque de la Pléiade
    Anh

    Anh est franco-vietnamienne et a vécu dans de nombreux pays (Russie, Australie, France, Norvège, Vietnam). Elle aime par dessus tout les chats, le DIY et la bonne cuisine. Ayant une très bonne mémoire, Anh est capable de vous donner le tarif du petit bus pris entre le Chili et la Bolivie qu'elle a pris il y a 3 ans.

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