Après des mois dans les cartons, JB a enfin pu se réinstaller devant son grand écran et se remettre à coder. Il était tellement à fond sur Claude Code que je lui ai demandé de faire une démo (créer et mettre en ligne un site web en moins de 3 mn) et je m’y suis mise aussi.
Je ne suis pas dev, mais je sais coder vite fait. Je sais ce que c’est qu’un algorithme, j’ai déjà écrit pas mal de scripts automatiques, et j’utilise des API (= des « portes d’entrée » qui permettent à un programme de parler à un autre programme) comme celles de Google ou Bing.
Mon projet principal : traduire de vieux livres
Depuis des années, je traduis bénévolement des livres anciens. Pour ça, j’utilisais l’API de Claude (= je payais Claude à la consommation pour qu’il traduise). Ça coûte cher, donc mes scripts n’étaient pas très exigeants et je n’avançais pas très vite. J’en suis quand même à 1 800 pages traduites, que je relisais et corrigeais toutes moi-même. Quand j’ai compris ce que pouvait vraiment faire Claude Code, je me suis remise au travail.
Claude Code vs ChatGPT : c’est quoi la différence ?
Quand vous utilisez ChatGPT ou Claude.ai dans votre navigateur, vous êtes dans une interface de chat : vous posez une question, l’IA répond, c’est tout. Elle ne voit rien de ce qu’il y a sur votre ordinateur. Elle ne peut pas ouvrir vos fichiers, lancer un programme, modifier un document. Elle répond dans une boîte de texte, et vous devez tout faire vous-même ensuite. Elle a également une mémoire et un contexte limité sur ce que vous avez pu faire auparavant.
Claude Code, c’est complètement différent. Il tourne directement sur votre ordinateur, dans le terminal (= la fenêtre noire avec du texte que les devs utilisent). Et là, il a les mains dans le cambouis : il peut lire et modifier vos fichiers (dans un dossier autorisé), exécuter du code, lancer des commandes, créer des dossiers, appeler des API, faire des tests, … Il agit vraiment sur votre machine, pas juste dans une boîte de dialogue.
C’est la différence entre quelqu’un qui vous conseille depuis son canapé par téléphone, et quelqu’un qui est là en vrai, assis à côté de vous, qui peut ouvrir vos tiroirs, lire vos documents et faire les choses à votre place.
C’est pour ça qu’on appelle ça un agent : il ne fait pas que répondre, il agit.
Les conseils qui m’ont aidée
Un ami, Kevin (je vous recommande vivement de lire sa présentation), m’a dit qu’il fallait
- challenger l’IA
- et lui faire vérifier son travail à chaque étape.
JB m’a dit de rappeler régulièrement à l’IA de documenter le process dans un fichier appelé CLAUDE.md, demander si l’IA a des questions, et demander à l’IA de me donner toujours son plan détaillé d’avant d’exécuter quoi que ce soit.
Le CLAUDE.md, c’est quoi ?
Vous savez ce que c’est qu’un nouveau collègue qui arrive dans une entreprise ? Le premier jour, il ne sait rien : comment l’équipe travaille, les habitudes, les règles non écrites, les projets en cours. Il faut tout lui réexpliquer from scratch.
Claude Code c’est pareil. Par défaut, à chaque nouvelle session, il ne se souvient de rien. Tout ce que vous avez fait ensemble, toutes les décisions prises, toutes les préférences que vous lui avez expliquées… disparu.
Le CLAUDE.md c’est le fichier qui règle ce problème. C’est un simple fichier texte qui vit dans votre projet, et que Claude relit automatiquement à chaque fois qu’il démarre. C’est sa mémoire permanente. Son livret d’accueil. Son cahier de bord.
Pourquoi Claude Code change tout pour mes traductions
Avant j’utilisais l’API seule, avec des outils limités. Maintenant avec Claude Code, je peux lui donner accès à plein de fichiers en même temps : un glossaire, des exemples de traductions, des livres .epub sur le même sujet. C’est bien plus pratique qu’avant et la traduction est bien plus qualitative. J’ai lu des passages traduits au hasard et avec Claude Code, je n’ai pas trouvé de fautes.
Le problème : les tokens
Les tokens, c’est l’unité qui mesure ce que l’IA lit et écrit. C’est comme si on louait du temps de cerveau. Plus on lui donne de texte, plus on en consomme, et donc plus ça coûte cher. Et je les épuise très vite.
Pour les tâches moins complexes, Kevin et JB m’ont conseillé d’utiliser Deepseek (un modèle chinois) avec Claude Code (l’interface qui parle avec le modèle, on appelle ça une harness, cf explication ci-dessous). Le modèle Deepseek est légèrement moins bon que ceux de Claude, mais il est infiniment moins cher (division par 25 environ). Le rapport qualité / prix est exceptionnel. JB et moi partageons un compte à 25/30$ par mois nous permettant de consommer des milliards de tokens, ce qui serait inabordable avec les modèles de Claude.
Et justement, ne pas manquer de tokens nous rend parfaitement irresponsables ! Sur Deepseek, on ne fait jamais le ménage dans les conversations (/clear, /compact), on n’optimise rien. Sur Claude, en revanche, comme on a seulement un abonnement à 20$/mois chacun et que ça part vite, on fait très attention : on optimise régulièrement, on audite nos process pour économiser les tokens. Les gens comme nous sont en train de polluer la planète, pas bien !!!
Claude Code est ce qu’on appelle une « harness » (= une interface, une coquille). Imaginez un robot avec des bras. Les bras, les pinces, le fait qu’il attrape des objets, les déplace, ouvre des tiroirs, appuie sur des boutons… c’est la harness. C’est lui qui fait les choses concrètement dans le monde réel. Mais la tête, celle qui réfléchit et décide quoi faire avec ces bras, on peut en changer. On met une tête très intelligente pour les tâches complexes, une tête plus basique pour les tâches simples. Le corps du robot reste exactement le même, on change juste ce qu’il y a sur les épaules.
Claude Code c’est pareil. La harness c’est les bras : elle lit vos fichiers, lance des commandes, modifie des documents, gère les étapes les unes après les autres. Ça c’est fixe, ça ne change pas. Mais la tête à l’intérieur, celle qui réfléchit et écrit, on peut en changer ! Avec un peu de configuration technique, on peut mettre Claude Sonnet ou Haiku bien sûr, mais aussi Deepseek, OpenAI ou Gemini. Les bras restent les mêmes, on change juste la tête. C’est très pratique : on met une tête puissante pour les tâches complexes (Claude Fable 5), une tête moins chère pour les tâches simples (Deepseek).
Lire la doc technique, ça change tout

JB dit toujours que celui qui lit la doc technique a plus d’avantages que les autres. Et comme j’adore lire les docs techniques, je les lis pour nous deux ! C’est comme ça que j’ai découvert des fonctionnalités que Claude ne propose pas par défaut (/skill, sub agents, agent teams) : il faut lui demander de faire un audit du process, et là il optimise tout.
Les skills et les sub-agents, c’est quoi ?
Par défaut, quand vous travaillez avec Claude Code, il fait tout lui-même, seul, étape par étape. C’est bien, mais ce n’est pas optimal.
Les skills (= compétences), c’est comme des fiches de travail que vous préparez à l’avance. Par exemple : « quand tu traduis, voilà exactement comment tu dois te comporter, voilà le glossaire à respecter, voilà le style attendu ». Au lieu de lui réexpliquer à chaque fois, il pioche dans sa fiche et part directement sur de bonnes bases. Ça évite de répéter les mêmes instructions et ça améliore la qualité du résultat.Les sub-agents (= sous-agents), c’est encore plus puissant. Au lieu d’avoir un seul Claude qui fait tout, vous en avez plusieurs qui travaillent en parallèle, chacun sur une tâche précise. Un peu comme une équipe. Dans mon cas pour les traductions, c’est énorme : au lieu qu’un seul agent traduise puis vérifie puis corrige, j’ai un agent « traducteur » qui traduit et un autre « éditeur » qui relit et challenge le travail du premier. Le résultat est bien meilleur, et c’est plus rapide.
Les différents modèles
Pour les traductions, j’ai toujours aimé la qualité de Claude Sonnet 4.6.
Pour les grosses vérifications, j’ai découvert Claude Fable 5 récemment et je suis hyper contente. Il est rapide, d’une précision chirurgicale, et il voit au-delà de ce qui est demandé. Il consomme énormément de tokens par session (chaque session me prend l’équivalent de 25$ si on passait par l’API), mais au final il règle les tâches complexes en moins de sessions que les autres modèles (je lui ai balancé un livre entier et il s’est aperçu des inconsistances de traduction et est capable de citer 3 endroits différents du livre pour justifier le choix d’un mot au 4ème endroit). Je suis contente de l’avoir dans mon abonnement Claude Pro jusqu’au 22 juin.

Deepseek V4 Pro réfléchit trop vite et écrit des scripts de qualité douteuse. Il faut l’obliger à réfléchir et proposer des solutions avant de coder, sinon il fonce tête baissée, casse tout, et le debug devient la galère. Je l’utilise pour les tâches de base (création de sites web simples, scripts pour faire des epubs).
Mes learnings
Travailler avec l’IA demande de passer en mode manager et non en mode exécutif. Au lieu de penser « comment on va faire », je dois switcher et penser « quel résultat je veux, peu importe comment il y arrive ». Par exemple pour une traduction : je m’en fous qu’il découpe mon texte en 2 ou en 4, c’est son problème. Mon problème à moi c’est d’avoir la meilleure traduction possible, avec un style homogène du début à la fin. À lui de se débrouiller pour y arriver. Les rares fois où je lui dis quoi faire (« fais un script Python », « envoie ça en batch »), c’est du micro-management, et ça se traduit directement en inefficacité. Au lieu de trouver la meilleure solution technique, il suit MA solution technique, qui n’est pas forcément la bonne. C’est comme si vous recrutiez un expert et que vous lui dictiez chaque geste au lieu de lui expliquer ce que vous voulez obtenir. Il sera forcément moins bon que si vous lui aviez juste donné l’objectif. On peut également réfléchir en mode process et équipes : je veux un traducteur, un deuxième qui va vérifier la qualité de la traduction, un webdesigner, …
Il m’arrive encore de me brider toute seule en me disant « ouhlala ça a l’air complexe, je vais pas lui demander ça ». Grosse erreur. Je dois me rappeler qu’il n’y a absolument aucune limite. Un exemple concret : je veux proposer des .epub (= des livres numériques) accessibles à tout le monde. Mais pour ma liseuse reMarkable 2 (= une tablette spéciale pour lire et prendre des notes), il faut des epub dans un format un peu spécifique. Si c’était un humain qui faisait ce travail, je me serais sentie coupable de lui demander un effort supplémentaire juste pour 0,5% des lecteurs. Donc je me serais autocensurée. Mais là c’est une IA. Elle ne se fatigue pas, elle ne soupire pas, elle ne regarde pas sa montre. Lui demander de générer deux versions au lieu d’une ne lui coûte rien. Mon plaisir immense de lire un ebook parfaitement adapté à ma liseuse n’est absolument pas un caprice, c’est juste un résultat supplémentaire que j’aurais eu tort de ne pas demander. La règle que je dois m’appliquer : si j’hésite à demander quelque chose parce que « ça fait beaucoup », je le demande quand même. Avec l’IA, on peut demander la perfection, contrairement à un humain.
Dernière chose, et je la conseille vraiment à tout le monde : trouvez-vous un buddy avec qui parler de Claude Code. On devient absolument fou devant cet outil, dans le bon sens du terme. On a une envie irrépressible d’en parler à quelqu’un. Si ce quelqu’un a déjà de l’expérience, c’est encore mieux : vous pouvez lui poser des questions sur les bonnes pratiques, lui montrer ce que Claude vous a répondu, lui demander si c’est normal. Je suis convaincue qu’une heure de discussion avec quelqu’un qui a un an de Claude Code derrière lui vous économise facilement 3 mois de test & learn en solo. Et puis ça permet aussi de partager la frustration du manque de tokens. Entre addicts, c’est très important de traîner avec d’autres addicts ! ahahah
Sérieusement, c’est aussi très utile pour suivre les nouveautés. Il y a tellement de choses qui sortent tous les jours qu’il est impossible de tout tester seul. Si chacun teste un truc de son côté et en parle aux autres, vous couvrez beaucoup plus de terrain ensemble.
Et enfin, il y a le FOMO (= Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose, de prendre du retard). Ce FOMO là est bien réel. Quand on voit à quelle vitesse l’IA permet d’avancer, on a qu’une peur : que son compétiteur avance plus vite. Et cette angoisse-là, elle ne peut être vraiment comprise que par ceux qui utilisent ces outils au quotidien. Donc oui, trouvez votre buddy.
Si vous avez besoin de démos et cas concrets et plus complexes, voici une présentation généreusement partagée par Kevin Richard (notre ami, que je vous conseille vivement de suivre sur YouTube et X). Cette présentation est importante car elle va réveiller beaucoup de monde (en tout cas elle m’a réveillée, moi !).


