[Réflexion] #1 : Vivre l’instant présent

J’ai décidé d’ouvrir une nouvelle catégorie sur le blog, qui regroupera toutes les réflexions que j’ai pendant le voyage. C’est très orienté « développement personnel ». Un de mes sujets favoris. Et ces articles répondent aussi à la question qu’on me pose souvent : Qu’est-ce que ça t’apporte le tour du monde ? Car si JB voyage pour fuir la routine et découvrir de nouveaux pays, je voyage pour me découvrir moi-même.

Contexte

Pour vous donner un peu de contexte, avant le tour du monde, malgré un métier passionnant, un joli appartement, un confort financier et un chat adorable, j’étais complètement stressée et malheureuse. Mon corps me le faisait savoir, en me rendant malade été comme hiver, j’étais tout le temps enrhumée. Je développais des symptômes bizarres que les médecins n’arrivaient pas à expliquer. Et je me sentais, en plus, coupable d’avoir une vie de rêve mais me sentant comme une m*rde. En faisant un mini-bilan de ma vie, j’ai su que changer de pays, de ville, de métier, d’amis, d’appartement… n’avait pas suffi, je trouvais toujours quelque chose qui n’allait pas. Il fallait que je change, moi.

Après cette prise de conscience, il m’a fallu plusieurs mois avant de mettre en place un plan d’action.

JB et moi allions souvent au cinéma, et on s’attardait, en attendant le début de la séance, chez le libraire d’à côté. C’est alors que j’ai découvert plusieurs livres qui me convenaient, même si il m’a fallu plusieurs années et lectures pour en comprendre pleinement le contenu (nous en parlerons dans un autre article). Ensuite, j’ai fait plusieurs rencontres, par hasard, qui m’ont orientée vers les ressources ou réflexions qui m’ont beaucoup aidée.

Avec mon entreprise, j’ai pu assister à une formation intitulée « comment être zen » ou quelque chose comme ça, avec une dizaine de collègues. Il y avait plusieurs sujets abordés mais j’ai surtout retenu cette conversation :

Formateur : Supposons que vous venez d’avoir un rendez-vous client. Ça s’est mal passé, ça vous travaille, pourquoi ?
Nous : Si le client n’est pas content, on risque de le perdre
Formateur : Et alors ? En quoi ça vous affecte ?
Nous : Bah, on risque d’être viré
Formateur : Et alors ?
Nous : Il va falloir trouver du travail, si on le trouve.
Formateur : Et alors ?
Nous : Ce n’est pas assez grave comme ça ?
Formateur : Et encore ?
Nous : On va dormir sous le pont
Formateur : Et alors ?
Nous : euh…
….
Formateur : Avouons-le, nous avons peur… de mourir ! Pas de ressources, pas de toit, pas de nourriture, pas de ceci, cela… En fait, nous avons juste peur de mourir. Du coup, entre un rendez-vous client qui s’est mal passé et actionner notre peur de mourir, n’est-ce pas un peu exagéré ?

Après cette conversation, j’ai compris que ce qui m’empêchait d’être heureuse, c’était la peur de l’avenir. Qu’il soit terrible, qu’il soit atroce, qu’il soit malheureux.

En me projetant constamment dans le futur, je gâche tous les instants présents qui méritent d’être vécus pleinement.

Mais comment vivre l’instant présent ?

Ca ne se décide pas comme ça, du jour au lendemain, de vivre l’instant présent. Même si je le voulais, je n’ai jamais su comment faire, je n’ai jamais su ce qu’on ressentait en étant à 100% dans l’instant présent. On m’a conseillé de faire de la méditation mais ça ne me convenait pas trop.

Jusqu’au jour où nous sommes partis en tour du monde, en Afrique du Sud. Première destination. Nous sommes allés au Kruger Park faire un safari à bord d’une voiture. Le « jeu » en question était d’apercevoir le Big 5 : éléphants, buffles, lions, léopards et rhinocéros. Le premier jour, nous avons erré dans le parc en mode « advienne que pourra » et nous avons assisté à une scène incroyable, entourée par les éléphants etc. C’était magique, et puis nous avons croisé les buffles (une centaine, ce qui est très rare), des lions (une grande famille avec des lionceaux jouant devant nos yeux), des rhinocéros (de très très près). Malgré toutes ces expériences magiques, je n’avais qu’un seul but en tête : apercevoir le dernier big 5, un léopard ! Et ça me travaillait tellement, mais tellement, que les jours suivants, j’ai acheté un plan du parc, lu tous les endroits où l’on pouvait en apercevoir un, opté pour un tour payant… j’ai voulu planifier ma rencontre avec un léopard en gros. Bien évidemment, je n’en ai pas vu. Je n’étais pas contente. Je n’avais qu’une chose en tête : je suis venue jusqu’ici et je n’ai pas vu de léopard. Alors que j’ai vécu des trucs bien plus extraordinaires que ça.

Après cette expérience, la frustration qui ne m’a pas quittée pendant des jours m’a fait ouvrir les yeux. Si je n’ai pas vu de léopard, c’était pour une raison. Tant que je ne vivrais pas l’instant présent, je serai toujours frustrée par tel ou tel objectif non atteint. Et sitôt l’objectif atteint, je le prendrai comme acquis et serai de nouveau frustrée par une autre chose que je n’ai pas encore. J’ai rejoué dans ma tête la liste des choses extraordinaires que j’ai vécues au Kruger Park, je l’ai regardé de manière objective. Est-ce que c’était extraordinaire ? OUI est-ce que c’était si important que ça de voir le léopard ? NON.

Passé les 1,5 premiers mois de tour du monde où je planifiais chaque jour et visite à l’avance, est venu le moment où plus rien n’était planifié.

Ça a commencé comme ça. Step by step.

Pour le Népal, je savais à l’avance les villes que je voulais visiter et dans quel ordre.
Pour la Birmanie, je savais à l’avance les villes que je voulais visiter, mais pas l’ordre
Pour la Thaïlande, je ne savais même pas quelles villes je voulais visiter.
Pour l’Amérique du Sud, je ne savais même pas quels pays je voulais visiter 😀 Nous avons atterri au Chili et nous avons construit notre itinéraire au fur est à mesure

Voilà, le lâcher-prise a été graduel, ça a pris du temps.

A chaque fois que je lâche prise et que tout va toujours aussi bien, je me dis « ah fallait pas stresser pour ça », ou alors « heureusement que je n’ai pas planifié ça en détails, sinon j’aurais eu moins de flexibilité pour changer mon programme ».

Quand ça m*rde, et ça arrive quelque fois, au lieu de me le reprocher et me dire que si j’étais moins naze, moins fatiguée, moins xyz, on aurait payé un truc moins cher, on aurait fait un meilleur itinéraire, on aurait été ceci ou cela… je repense à l’armoire de ma grand-mère.

Pendant les durées années de guerre au Vietnam, nous avions une sorte de carnet de rationnement par famille pour acheter de la nourriture, du textile, ou des ustensiles de cuisine. Chaque année, chaque famille avait droit à xxx mètres de tissu, d’une qualité horrible avec des motifs trop moches. Mais bon, pas de choix. Pendant cette période, est apparue une sorte de marché noir où les gens pouvaient acheter ce qu’ils voulaient, à prix d’or. Ayant été dans une famille riche, devenue soudainement très pauvre, ma grand-mère s’est dit : il faut garder tout ça, on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Alors, pendant des années, elle a mis de côté ces xxx mètres de tissu annuels, au lieu de les utiliser pour en faire des vêtements. Et puis, la guerre a pris fin, l’embargo américain a pris fin… et dans son armoire, il est resté, et jusqu’à aujourd’hui, des centaines de mètres de tissus, qui auraient valu tellement d’argent et de bonheur, s’ils avaient été utilisés à cette époque, pour habiller sa famille.

Pourquoi attendre si longtemps ? Pourquoi planifier pour un événement hypothétique qui va peut-être arriver (ou pas), quand nous pouvons en profiter, tout de suite, maintenant ? Pourquoi penser que nous serons heureux quand nous obtiendrons xyz, pourquoi nous ne profitons pas de notre vie, tout de suite, maintenant ?

[Voyager Léger] Nos Astuces pour le Tour du Monde
Istanbul (Turquie) #5 : Cérémonie de Derviches Tourneurs au Centre Culturel Silivrikapi (Silivrikapı Mevlana Culture Center)
1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (7 votes, average: 5,00 out of 5)
Loading...
    Anh

    Anh est franco-vietnamienne et a vécu dans de nombreux pays (Russie, Australie, France, Norvège, Vietnam). Elle aime par dessus tout les chats, le DIY et la bonne cuisine. Ayant une très bonne mémoire, Anh est capable de vous donner le tarif du petit bus pris entre le Chili et la Bolivie qu'elle a pris il y a 3 ans.

    Tous Mes Articles
    Write a comment

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.