Quand je m’installe quelque part, je fais un article « premières impressions » et en général il n’y a pas de « deuxièmes impressions » et on passe direct au « bilan ». J’espère que cette fois, ce n’est pas le cas et que j’aurai des choses à raconter sur Tahiti quand même.
Cela fait seulement 10 jours que nous sommes à Tahiti mais j’ai l’impression d’y être depuis un mois. Nous avons un airbnb au centre-ville de Papeete. Pour que vous puissiez le situer, sachez que la Polynésie Française est composée de 118 îles (76 sont habitées) répartie sur une superficie équivalente à l’Europe toute entière. Et l’île la plus grande et où se trouve l’aéroport internationale est Tahiti Nui. Tahiti Nui est liée à la presqu’île de Tahiti Iti. Papeete est la capitale de Tahiti, c’est petit comme un arrondissement parisien mais c’est considéré comme une ville à Tahiti. Depuis une grosse partie de l’île, on peut voir Moorea qui est à 30-45mn de bateau. Moorea est une version low-cost de Bora Bora.


Donc nous sommes actuellement à Papeete, au centre-ville (le point bleu), à 5mn du port où sont amarrés les gros bateaux de croisière et les ferrys vers différentes îles de la Polynésie Française. Les bateaux de croisière qui s’arrêtent ici sont souvent des bateaux de repositionnement qui font USA – Australie, ou des croisières de tour du monde. Il y a des îles tellement loin qu’il faut prendre l’avion/l’hydravion. Selon la distance et l’attractivité de l’île, l’avion peut être tout petit ou assez grand (Bora Bora par exemple a des avions de taille medium).

La Polynésie française est vraiment à l’autre bout du monde, car on a 12h de différence avec la Métropole. C’est loin de tout. Je pense que l’île de Pâques est un des endroits les plus isolés de la planète (7h d’avion depuis Santiago) avec aucune île autour, mais Tahiti est également bien isolé. Même depuis la Nouvelle-Zélande il faut 6h d’avion. Et porte-à-porte, depuis l’aéroport de Paris, il nous a fallu 27h pour venir jusqu’ici. Bref, ceux qui arrivent à Tahiti, avec le décalage horaire, la fatigue… sont des survivors et méritent amplement de faire la sieste au bord d’un lagoon les pieds en éventail. C’est éprouvant !
Avant de partir, l’employeur de JB lui a demandé s’il voulait participer au team building qui aurait lieu en juin (tous frais payés, nourri et logé) et il a dit « hell no!« . Se taper 27h x 2 juste pour une semaine de team building, avec deux décalages horaires à gérer lui semble éprouvant. Si le team building avait eu lieu dans 6 mois, avec le stock de saucisson à reconstituer, pourquoi pas, mais faire Paris – Papeete en avril, puis Papeete – Paris – team building – Paris – Papeete again en Juin, c’est au-dessus de sa force, c’est pour dire à quel point c’est loin loin loin. Quand nos amis ont appris notre déménagement, tout le monde nous a dit « je viendrai vous voir » et quand ils sont allés regarder les vols sur Google Flights, étrangement, plus personne ne veut venir.
D’ailleurs, je m’y fais toujours pas au décalage horaire. Après plusieurs matins à me lever à 4h du matin, maintenant je me couche à 21H et me lève à 5H30. Ca fait quand même 8h30 de sommeil, amplement suffisant. Je ne suis pas particulièrement intéressée par le hustle culture où on se lève à 5h du matin; mais cela fait longtemps que je veux me coucher tôt et suivre le rythme du soleil. Car d’après la médecine traditionnelle (backupée par le Yi King), il y a des organes qui sont réparés entre 22h et 23h, et si on se couche toujours à 23h, ils ne seront jamais réparés. Idéalement, il faut se lever avec le soleil et se coucher un peu après le soleil (ce qui veut dire qu’on dort moins en été, et plus en hiver). Si vous lisez le roman chinois « Le rêve dans le pavillon rouge« , vous verrez que quand l’héroïne se couche à 23h à cause de sa maladie, c’est super grave, ça veut dire qu’elle a passé une sale nuit. Bref, me lever à 5h30 m’arrange car je vais au marché de Papeete pour acheter de quoi cuisiner pour le jour même et si j’y vais à 9h par exemple, il n’y a plus rien. J’y vais entre 7h et 8h; un peu plus tôt si je veux acheter du poisson frais. A 12h, il y a des stands qui vendent des plats préparés mais en 5 minutes, on peut ne plus rien avoir à manger.
Le dimanche, le marché est beaucoup plus animé, il y a une rue juste à côté qui devient piétonne et ça vend des plats préparés, principalement asiatiques. Il y a quelques plats polynésiens mais tous baignés dans le lait de coco : légumes, fruits au lait de coco; et tous types de tartares de thon. Ici, la viande n’est pas de très bonne qualité et les poissons sont frais, et sauvages ! Le thon est tellement cheap ! On a du thon rouge et thon blanc; perso le thon rouge a plus de goût et je le préfère pour manger en sashimi ou tartare. La seule chose que je regrette est de ne pas avoir un couteau japonais spécial sashimi. La pêche est gérée par de grosses boîtes, dont Vini Vini, qui gère toute la chaîne de valeur jusqu’à avoir deux restos à Papeete. C’est seulement sur les petites îles que les petits pêcheurs indépendants vont aller chercher 1-2 thons qu’ils revendent aussitôt aux hôtels de luxe. Le thon est un très très gros poisson. Pour 8€ (1000 Francs) on a bien 400-500g. C’est tellement énorme que JB me dit de réduire, et d’acheter seulement la moitié car on n’arrive pas à finir à deux.

Par contre les légumes, les fruits, même s’ils viennent d’ici, coûtent 2 fois plus cher qu’en France. Pour 4€ j’ai l’équivalent de 2 grosses tomates. La viande vient de la Nouvelle-Zélande, le porc est local, et même si le bœuf est excellent (angus beef), je mangeais tellement bien à Lille que j’ai du mal à me contenter de la qualité en vente ici. A Lille, chez mon boucher, j’avais accès à la viande AOP maturée, au poulet fermier, au porc pas bio mais de qualité. Ici, la viande est de qualité médiocre comme ce que vous trouvez chez Carrefour, Auchan… j’ai réservé du poulet fermier chez une dame au marché et elle m’a envoyé un sms pour me dire que « le mec n’a pas tué les poulets ». J’ignore de quel mec elle parle mais voilà, ça a l’air d’être compliqué même pour réserver un poulet. Cela fait une semaine que j’attends et aucun poulet fermier n’a été tué. Les sources officielles parlent des prix de +31% par rapport à la Métropole, mais les prix ressentis (par moi) sont plutôt de +50% pour une qualité moins bonne (sauf pour les légumes et fruits qui sont excellents). C’est comme la température, c’est 25 degrés seulement mais ressentis 40° (par moi aussi) parce que j’ai passé trop de temps à Lille.
Si vous vous installez bientôt à Tahiti, vous pouvez consulter les prix des différents supermarchés/hypermarchés ici (+200 produits courants).
Marché de Papeete :




Restos & Supermarchés :





J’ai rechuté et j’ai consommé de nouveau du bubble tea car les polynésiens adorent ça. Ici la version « medium » équivaut à un « large » en France et la version « large » fait 1 litre !! Quand on voit les polynésiens, on n’est pas surpris, ils sont massifs et il leur faut sûrement beaucoup de nourriture, d’où les formats XXL. Mais j’espère réduire jusqu’à 0.
En tout cas, en voyant les robes pas belles et très chères en vente ici, je me félicite d’avoir pris un maximum d’affaires avec moi. Le petit rice cooker que j’ai pris est un excellent choix, car on s’en sert tous les jours et ici il n’y a pas 36 000 options de rice cookers non plus. J’ai pu glisser quelques saucissons achetés chez mon fromager lillois dans la valise, car je sais que c’est ce qui me manquera le plus. Ici, il y a Carrefour et Auchan aussi, mais ce n’est pas pareil.


Tahiti est la plus grosse île et c’est ici que les avions et bateaux déchargent les marchandises, mais il suffit juste d’aller à Moorea en face pour que les prix grimpent davantage. C’est un vrai problème pour les polynésiens car la vie est trop chère par rapport aux salaires, même si la TVA est moins élevée (16%) et qu’il n’y a pas d’impôt sur le revenu. Si on ne travaille pas dans le tourisme ou qu’on n’est pas fonctionnaire, les salaires sont plus bas qu’en Métropole, pour des dépenses plus chères qu’à Paris. Les produits importés font presque x2 (par ex un livre de poche vendu 8,5€ en France est à 16€ ici). Mais il y a des produits « rouges », les PPN (Produits de Première Nécessité), le gouvernement paie une partie des frais de transport et imposent une marge très basse aux supermarchés, donc ça aide un peu. Et quand on a du service pur, comme la main d’œuvre n’est pas très chère, c’est beaucoup moins cher qu’en France, par exemple j’ai fait le tour des spas et à chaque fois, les prix sont entre -10% et -20% par rapport à Lille.
Bref, nous perdons du pouvoir d’achat et en choix mais on le savait avant de venir. C’est une des raisons pour lesquelles je n’étais pas très motivée de venir au début, mais quand les conditions de vie s’étaient empirées à Lille, j’ai préféré perdre du pouvoir d’achat que de supporter l’ambiance morose en Europe. Maintenant, ma solution est d’apprendre à cuisiner des plats de poissons. Il y a des poissons qui sont très colorés (trop beaux pour être mangés selon moi), mais je vais essayer. Mon primeur lillois m’a expliqué qu’il y avait en gros deux sortes de poissons : blancs et rouges. Donc je n’ai qu’à appliquer les recettes de Marmiton en les classant dans les catégories poisson blancs ou rouges.
Je vous parle en détails des prix et du pouvoir d’achat car les gens ne se rendent pas compte et croient qu’on est comme en Asie. Naaannn. Dites-vous que c’est une destination de lune de miel, donc les prix matchent le type de touristes qu’ils accueillent.
Les bouchons ici commencent vers 6h15-6h30. Les polynésiens se lèvent tôt, commencent tôt et terminent la journée vers 16h. Donc avec les horaires de JB : 9h-18h, théoriquement on ne peut pas avoir d’amis car toutes les activités sociales s’arrêtent tôt. Pourquoi JB a des horaires décalés par rapport aux polynésiens ? C’est parce que son employeur veut avoir un service 24/7. Quand la journée se termine en France métropolitaine, les équipes canadiennes continuent le travail, puis l’équipe polynésienne, comme ça avec les différents fuseaux horaires, il y a une protection contre les cyberattaques 24/24. Le fait que JB termine le travail à 18h, ça correspond à 6h du matin en France et c’est parfait pour les équipes lève-tôt en France de reprendre le flambeau. 4H du matin (donc 16h en Polynésie) aurait été trop tôt. Donc ces horaires ne nous dérangent pas car même en France, on n’est pas du genre à traîner avec des amis en semaine; mais pour quelqu’un qui aime beaucoup sortir, ce n’est peut-être pas le job idéal. Un des collègues de JB est polynésien donc beaucoup d’infos dans cet article viennent de lui (merci !).
Pour infos, le fait que JB soit muté en Polynésie n’est pas un hasard. JB a reçu deux propositions d’emploi quand il s’est reconverti en cybersécurité, mais il a choisi son employeur actuel car il y avait des opportunités de mutation au Canada et en Polynésie. Et l’employeur savait dès l’entretien d’embauche qu’il visait une mutation. On ne savait pas s’il pourrait ni quand il serait éligible, pour quel bureau, mais vous nous connaissez maintenant, on a tendance à réfléchir à long terme et de saisir les opportunités qui se présntent. Le plus difficile est de savoir ce qu’on veut.
Au niveau du logement, actuellement on est dans un airbnb au centre-ville, pour que JB puisse aller au coworking payé par son employeur (à 8mn à pied). On a essayé de faire les courses à 15mn à pied de chez nous sous le soleil, 25° (car le marché ne vend que des produits frais mais pas de sauces ou du riz) et on est arrivé à la conclusion qu’on voulait absolument un scooter !! En plus, le port à côté n’est pas baignable, c’est dommage d’être à Tahiti et ne pas pouvoir aller à la plage quand même. Dans 3 semaines, on va déménager vers une autre « ville » de Tahiti avec un accès à la plage et au snorkeling (10mn à pied ou 3mn en scooter). Et on va acheter un petit scooter pour se déplacer. On ne l’achète pas maintenant car notre airbnb actuel n’a pas de parking sécurisé et notre assurance ne nous protège pas contre le vol de scooter. Nous louons des scooters disponibles à la minute (Hello Scoot), c’est comme un Vélib.

Nous avons beaucoup hésité entre la location d’un appartement et payer des airbnb mais en louant un appartement pour moins d’un an, on perd la caution (environ 1500€) et s’y ajoutent les frais d’agence, les frais d’Internet, l’électricité, l’assurance… donc rester en Airbnb nous coûte à peine plus cher mais on peut changer de « ville » comme on veut. Pour les airbnbs, on est entre 1600€-2000€/mois pour un grand F2, pour la location on sera entre 1100-1500€ (+ électricité + internet + caution + …). Tous ont un balcon ou une terrasse, ça a l’air d’être la norme ici. Pour le moment, on veut rester sur Tahiti – et aller sur les autres îles le week-end car JB a besoin d’un grand écran et d’une bonne connexion Internet, ce qui n’est pas le cas des petites îles. L’importation des antennes Starlink est interdite pour protéger les opérateurs locaux, sur Tahiti on peut avoir des la fibre optique mais la plupart des airbnbs qu’on a consultés utilisent des box 5G. Donc ça capte plus ou moins bien selon les îles.


Voilà je vous parle des détails du quotidien mais je ne vous ai pas parlé des polynésiens. Ils sont tous très costaud, très bronzés, très souriants avec une très belle énergie. On ressent de la bienveillance et aussi de la pureté chez eux. Quand on vit au rythme de la nature et mange des poissons sauvages, c’est un autre niveau vibratoire lol. Le côté zen se ressent tout de suite dès notre arrivée. Même à la douane, à l’immigration, on nous sourit. Tout le monde est content de parler avec tout le monde, on se tutoie. Quand JB appelle une assurance, un service, il ne tombe pas sur un serveur local, c’est un humain qui le tutoie qui lui répond, et qui est bienveillant. Je pense que c’est ça qui manque en Europe et ici on se sent safe et protégé. Tout le monde est habillé de manière très légère donc on peut s’habiller comme on veut sans subir des regards lourdingues. Le fait d’être à l’autre bout du monde nous coupe aussi des actualités anxiogènes.
Il peut y avoir de petits crimes (vol opportuniste) mais jamais des trucs de malades mentaux. Par ex à Moorea; il y avait une tentative de kidnapping d’enfant, ça a secoué toute la Polynésie, enflammé les réseaux sociaux, le collègue polynésien de JB était bouleversé, les parents très inquiets de ne plus pouvoir laisser les enfants aller à l’école seuls. Ensuite, on a appris que le gosse avait tout inventé. Forcément !
Le fait que les polynésiens soient aussi massifs est lié, selon les rumeurs, à la découverte des îles polynésiennes. Pour ramer jusqu’ici depuis Asie du Sud-Est, il fallait être sacrément costaud, ceux qui ont survécu avaient une génétique appropriée et l’ont transmis à leurs descendants. C’est un peu la même histoire concernant les québécois. Pour faire venir un max au Canada en bateau, ils ont privilégié des personnes, comment on dit.. « verticalement défavorisées » (pour reprendre une expression bien stupide des woke) d’où la petite taille des québécois actuels.
La seule chose qu’on peut leur critiquer, c’est peut-être le manque de précision/perfectionnisme. Ca se voit dans les petits détails et dans la qualité du service, mais on ne peut pas être à la fois zen et perfectionniste. Ce n’est pas compatible 😀
Comme je me lève super tôt, j’ai tout le temps qu’il faut pour me consacrer à mes activités artistiques et littéraires. Par ex, j’ai déjà fini la correction de la traduction d’un livre du chinois en vietnamien, un projet que je traîne depuis plusieurs mois. Je pense que c’est l’environnement idéal pour moi, je suis très très contente. Mes objectifs principaux sont (1) de travailler ma dextérité et (2) travailler mon intuition. Et quand on va changer d’airbnb, ce sera encore plus idéal car on sera motorisés et je pourrai marcher à la plage tous les jours.
Sur ce, je vous laisse avec une petite vidéo de l’hôtel Intercontinental Tahiti, le plus grand hôtel de toute la Polynésie. Nous avons pris un day pass pour déjeuner au restaurant (avec un chef doublement étoilé) et nous relaxer à la piscine (cf notre article plus détaillé), mais c’est marrant de se dire qu’on peut accéder aux plages paradisiaques et d’avoir l’impression d’être en vacances chaque semaine. Qu’on peut faire l’aller-retour à Moorea en une journée, passer un week-end à Bora bora sur un coup de tête. Ca fait vraiment du bien.

