Introduction à la Langue Vietnamienne : Alphabet, Intonation et Ecriture

Aujourd’hui, je vais vous donner quelques fun facts à propos du vietnamien. Ce n’est pas forcément pour vous encourager à l’apprendre, mais au moins à en savoir plus sur ma langue et mon écriture. Pour lire un de mes articles écrits en vietnamien (et voir à quoi ça ressemble), cliquez ici

La plupart des gens sont surpris de découvrir que le vietnamien utilise l’alphabet latin. Ce système d’écriture (transcription phonétique à base de l’alphabet latin) appelé « chữ quốc ngữ » (écriture nationale) a été mis au point par un prêtre jésuite français Alexandre de Rhodes. Avant ce système, nous utilisions, pendant 1000 ans de domination chinoise, les caractères chinois (« chữ hán« ). Une fois débarrassés de cet ennemi de plusieurs siècles hors de nos frontières, un autre système d’écriture fait son apparition « chữ nôm« . N’ayant pas notre propre alphabet, chữ nôm reprend les caractères chinois ayant des sons similaires au vietnamien. Autant vous dire que ce n’est toujours pas simple d’apprendre et de lire « chữ nôm« .

« chữ quốc ngữ » (écriture nationale), mis au point par Alexandra de Rhodes, a été ensuite largement adopté car il est simple à comprendre et à apprendre.

Comment lire le vietnamien

Il suffit d’apprendre la prononciation de chaque lettre de l’alphabet.
Nous avons en plus des lettres propres à nous, mais basées toujours sur les lettres de l’alphabet latin :  ă, â, ê, ô, ơ, ư, đ

En cas de double consonnes : ph, th, tr, gi, ch, nh, ng, kh, gh il faut connaître la prononciation de ce double consonne.

Il y a 5 accents permettant de retranscrire la tonalité du mot (son descendant par exemple). La tonalité donne un autre sens au mot, ainsi les 6 mots suivants ont des significations totalement différentes : ma, má, mạ, mả, mã, mà

Ces accents sont toujours à mettre sur une voyelle. S’il y a deux voyelles, il faut mettre l’accent sur la 1ère voyelle (ngày), s’il y a 3 voyelles, il faut mettre l’accent sur la 2ème voyelle (người). On ne peut pas avoir deux accents pour le même mot (normal).

Ensuite, on lit tous les sons l’un après l’autre, en faisant attention à la tonalité.

A l’école, les enfant vietnamiens apprennent à lire de manière suivante : par exemple pour le mot : nguồn
Les enfants vont apprendre à lire tout haut tout fort : u-ô-n uôn, ng-uôn, nguôn, ` nguồn => ils lisent d’abord les voyelles, puis les consonnes avec les voyelles, puis appliquent l’accent. Au bout d’un an à apprendre à épeler des milliers de mots, les enfants n’auront plus besoin de séparer les voyelles des consonnes, séparer le mot de son accent. Et ils pourront, en voyant le mot, savoir le prononcer tout de suite.

Les mots vietnamiens n’ont qu’une seule syllabe

Le mot vietnamien le plus long est nghiêng (penché) – 7 caractères seulement.

Comme les mots ne comportent qu’une seule syllabe, nous avons besoin souvent de 2 à 3 mots pour exprimer l’équivalent en français.
Par exemple, maison se traduit par nhà, mais amour se traduira par tình yêu. 

Il y a des mots qui ne peuvent pas être utilisés seuls. Par exemple, diệu (une partie de mon prénom), ne veut absolument rien dire tout seul, mais combiné avec un autre mot, ça a du sens : tuyệt diệu (merveilleux), diệu kế(stratagème habile)

kỳ diệu (miraculeux) est un mot intéressant. Car kỳ tout seul n’a pas une signification claire. diệu tout seul n’est pas de signification claire non plus. Mais les deux combinés a du sens.

Nous gardons des mots d’origine chinoise mais dont la prononciation n’a plus rien à voir avec le chinois. On appelle ça từ hán việt.

nhân khẩu viendrait du mot 人口. Si vous savez lire le vietnamien et le comparez avec la prononciation chinoise, vous verrez qu’il est difficile de reconnaître son origine chinoise. Les vietnamiens ne comprennent pas du tout le chinois, écrit ou oral, car notre langue n’a plus rien à voir avec eux.

Il reste quelques traces de la colonisation française (ex: guidon, chargeur, pile mais écrit à la vietnamienne), mais il en reste très peu. Soit nous avons depuis inventé des mots vietnamiens pour exprimer la même chose, soit la prononciation a été adaptée au vietnamien, soit nous avons préféré utiliser son équivalent en anglais. Vous ne pourrez pas parler français au Vietnam et vous faire comprendre (sauf par ceux qui apprennent le français bien sûr).

Comment reconnaître les intonations ?

Toute la difficulté résiste dans l’intonation (les 5 accents mis sur les mots). Avec l’habitude, on reconnaît tout de suite l’intonation de chacun des mots prononcés. Le contexte et les mots précédant permettent aussi de distinguer entre tôi ăn bún (je mange des vermicelles) de tôi ăn bùn (je mange de la boue) en une fraction de secondes.

Les vietnamiens du Nord (et surtout d’Ha Noi) ont la prononciation qui correspond le mieux aux accents : ma, má, mạ, mả, mã, mà

Mais quand on va au Centre du Vietnam, la différence est plus difficile à entendre.
Et dans le Sud du Vietnam, leur prononciation diffère complètement de l’accent utilisé.

Ainsi, les vietnamiens du Nord ne font jamais de faute sur les accents. Il suffit donc de lire un menu de restaurants et les fautes d’accents me diront tout de suite si la personne qui l’a écrit vient du Centre ou du Sud. Puisque la manière dont ils prononcent les accents (et certaines voyelles) est différente de la mienne, j’arrive difficilement à comprendre les vietnamiens du Sud.

Peut-on écrire le vietnamien sans accent ? sans caractère spécial ?

Sur les forums, on voit de plus en plus de gens qui écrivent le vietnamien sans accent. Tout simplement parce que c’est trop ch*ant de trouver le bon caractère spécial et mettre un accent quand on est sur un smartphone.

Mais pour les vietnamiens, nous arrivons presque toujours à comprendre un texte écrit dans accent spécial, sans caractère spécial.

hom nay toi di cho, mua con ga va hai qua trung, se comprend très bien en : hôm nay tôi đi chợ, mua con gà và hai quả trứng

C’est presque comme le francais ecrit sans accent ni caractere special.

Mais certains phrases, écrites sans accent peuvent prêter à confusion : di mua ca cho me peut être interprété comme

  • đi mua cá cho mẹ => vas acheter du poisson pour maman
  • đi mua cà cho mẹ => vas acheter des aubergines pour maman

Nói trống không

En français, à part l’impératif, toutes les phrases comportent un sujet. Sujet, Verbe, Complément.

Mais en vietnamien, il est possible qu’on n’utilise pas du tout de sujet. Et comme nos verbes ne se conjuguent pas, contrairement à l’espagnol ou le portugais, nous ne pouvons pas facilement déterminer grâce à la conjugaison de qui on parle.

Exemple :

  • ăn chưa ? => déjà manger ? (il faut comprendre : as-tu mangé ? ou avez-vous mangé ?)
  • ăn rồi => déjà manger (il faut comprendre : j’ai déjà mangé ou nous avons déjà mangé )

L’absence de sujet signifie une familiarité, les personnes du même rang (même âge par exemple), mais aussi de l’impolitesse. Quand un enfant parle sans sujet à un adulte, il y a un nom pour ça « nói trống không » et l’adulte va l’engueuler car ça ne se fait pas du tout de parler sans sujet à une personne plus âgée que soi.

Les pronoms sujets

En français, nous avons les pronoms sujets comme je, tu, il… etc.

En vietnamien, nous avons aussi des pronoms mais ceux-ci changent selon la relation et l’âge entre les personnes concernées.

Par exemple, pour m’adresser à ma mère, je vais utiliser le pronom con pour « je » et mẹ pour « tu ».
Si je veux m’adresser à un homme plus âgé (mais pas trop) que moi, je vais utiliser em pour « je » et anh pour « tu »

En écoutant la conversation entre deux vietnamiens, il est très facile de deviner la différence d’âge entre les deux personnes.
Et la relation entre les deux personnes (parfois jusqu’à deviner si une des personnes est la femme de l’oncle du côté paternel de l’autre).

Ainsi, quand je rencontre un(e) inconnu(e) pour la première fois, il faut que je devine moi-même son âge, son sexe aussi (c’est difficile des fois) et m’adresse de manière appropriée. Il n’est pas rare de vexer quelqu’un en l’appelant par un pronom qui le vieillit, ou au contraire un pronom qui le rajeunit, et d’être traité d’impoli et mal-élevé. Les vietnamiens sont également gênés par ces nombreux pronoms et décident souvent de demander tout de suite l’année de naissance pour faciliter l’échange.

Cependant, si l’échange ne dure que 10 secondes (pour acheter un stylo par exemple), on peut se permettre de deviner incorrectement l’âge de la personne. Il y a moins d’enjeu.

Nous avons également des pronoms qui imposent de la distance, par exemple quand un couple se dispute, ils vont utiliser des prénoms neutres type tôi (pour je)
Et au contraire, nous avons aussi des pronoms à connotation négative, con này, con kia, mày, pas très agréables à entendre, et blessants parfois.

Conclusion

Voilà, j’espère que je vous ai appris quelque chose aujourd’hui. Si jamais l’envie vous prend d’apprendre le vietnamien, le meilleur accent reste celui d’Hanoi. Mais je vous déconseille d’apprendre le vietnamien avec l’accent d’Hanoi pour ensuite travailler à Ho chi minh ville, car vous n’allez rien comprendre.

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    Anh

    Anh est franco-vietnamienne et a vécu dans de nombreux pays (Russie, Australie, France, Norvège, Vietnam). Elle aime par dessus tout les chats, le DIY et la bonne cuisine. Ayant une très bonne mémoire, Anh est capable de vous donner le tarif du petit bus pris entre le Chili et la Bolivie qu'elle a pris il y a 3 ans.

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