Interview de Mathieu Thomasset, photographe reportage et ancien tour-du-mondiste

Lors d’un passage éclair à Nantes, nous avons été reçus par nos amis Caroline et Mathieu, du blog Voir le monde (excellent blog de voyage que je vous recommande vivement).

Ils ont fait un tour du monde pendant 2 ans – avant de décider de revenir en France et démarrer une toute nouvelle carrière, Caroline dans le marketing digital et Mathieu dans la photographie.

Comment réussir sa reconversion après un tour du monde ?
Comme devenir photographe professionnel ?
Quel appareil photo choisir pour le tour du monde ?

Mathieu, devenu photographe reportage et corporate professionnel à Nantes, nous dit tout.

Beaucoup de tour du mondistes choisissent la reconversion après le voyage. Pourquoi as-tu choisi d’être photographe professionnel ?

Effectivement, après plusieurs mois de nomadisme et de liberté, il m’est apparu assez rapidement qu’il serait difficile de retourner dans un bureau fermé. Ce type de voyage est donc assez propice à une reconversion, ne serait-ce par le temps long que tu as à ta disposition pour répondre à la question de l’après voyage. Et en ce qui me concerne, la pratique quotidienne de la photographie et de l’écriture pendant mon tour du monde s’est vite révélée comme une voie à explorer.

Photographe professionnel est donc d’une certaine manière une façon de prolonger le voyage en racontant désormais des histoires d’ici, tout en se donnant la possibilité de repartir un jour sur la route.

Carnets de voyage au Pérou. L'île d’Amantani. Un couple déjeunant chacun dans une pièce de leur maison traditionnelle en adobe, 2011. Photo Mathieu THOMASSET

Carnets de voyage au Pérou. L’île d’Amantani. Un couple déjeunant chacun dans une pièce de leur maison traditionnelle en adobe, 2011. Photo Mathieu THOMASSET

Quelles sont tes spécialités ?

Je travaille principalement pour la presse et les entreprises, en tant que respectivement Photojournaliste et Photographe Corporate. Ces deux activités me permettent, avec des contraintes et attendues différentes, de m’épanouir dans ce que j’aime le plus faire, à savoir du reportage et du portrait. Et ainsi de combiner à la fois, travail sur le terrain en mobilité et nouvelles rencontres. L’expérience de ce tour du monde m’est d’ailleurs encore aujourd’hui d’une grande aide dans la pratique d’un métier exigeant où tu dois t’adapter en permanence à des situations et des personnes parfois très différentes.

Carnets de voyage en Birmanie. Touristes sur un temple photographiant le lever du soleil à Bagan, déc. 2011. Photo Mathieu THOMASSET

Carnets de voyage en Birmanie. Touristes sur un temple photographiant le lever du soleil à Bagan, déc. 2011. Photo Mathieu THOMASSET

Carnets de voyage en Birmanie. Bobo, son prénom pour les touristes, conducteur de cariole à Bagan, déc. 2011. Photo Mathieu THOMASSET

Carnets de voyage en Birmanie. Bobo, son prénom pour les touristes, conducteur de cariole à Bagan, déc. 2011. Photo Mathieu THOMASSET

Carnets de voyage en Birmanie 2010. Sur la route du lac Inle, enfants dans un village de montagnes de l'état Shan. Photo Mathieu THOMASSET

Carnets de voyage en Birmanie 2010. Sur la route du lac Inle, enfants dans un village de montagnes de l’état Shan. Photo Mathieu THOMASSET

Quelles formations as-tu suivi pour devenir photographe pro ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai d’abord commencé par apprendre à coder au sein d’un Dev Bootcamp ! Ayant travaillé dans l’univers des start-ups, j’ai toujours gardé à l’esprit la possibilité à terme de participer à la création d’un nouveau média en ligne. Puis j’ai voulu perfectionner mes connaissances techniques au sein des Gobelins, l’école de l’image et aussi élargir ma pratique photographique au-delà des appareils reflex « classiques » en travaillant à la chambre et au moyen format et ce notamment en studio. Il s’agit là plus de la partie photographie Corporate et Portraits.

Et enfin, j’ai effectué le cursus photojournalisme au sein de l’EMI-CFD en 2015/2016 suivi d’un stage en tant que photojournaliste au sein d’une rédaction parisienne. Je suis aujourd’hui membre du studio Hans Lucas, une structure regroupant plus de 300 photographes indépendants et me permettant de diffuser mon travail aux professionnels de l’image de la presse et des médias.

Quels sont tes conseils pour une reconversion réussie après le tour du monde ?

Mon premier conseil serait de ne pas attendre d’être rentré pour commencer à y réfléchir. Je pense même que cette réflexion doit faire partie du projet en amont d’un tour du monde, même si je reconnais qu’il est difficile de prévoir à l’avance l’impact qu’aura sur toi une telle aventure. Et le mieux pour prendre conscience de cela est sûrement de rencontrer des tour du mondistes qui sont revenus !

Carnets de voyage en Birmanie 2010. A proximité de la ville de Kalaw, dans l'état Shan, une mère portant les clés de sa maison à son cou dans un village de montagne donne à manger à son enfant sur la route du lac Inle. Photo Mathieu THOMASSET

Carnets de voyage en Birmanie 2010. A proximité de la ville de Kalaw, dans l’état Shan, une mère portant les clés de sa maison à son cou dans un village de montagne donne à manger à son enfant sur la route du lac Inle. Photo Mathieu THOMASSET

Quel équipement conseilles-tu aux tour-du-mondistes passionnés de photos ?

Pour ma part, je suis partie avec un matériel très simple que j’ai fait évoluer à 2 reprises pendant le tour du monde pour s’adapter à mes besoins et à ma progression. Et il existe aujourd’hui une grande variété de matériel de très bonne qualité qui vont s’adapter à tes besoins en terme de compacité, d’ergonomie, de résistance à la poussière, à l’eau…

Inutile de partir avec le tout dernier appareil plein format Canon ou Nikon si votre pratique ne vise qu’à ramener des souvenirs qui seront publiés uniquement sur un blog. Parfois un simple smartphone pourrait suffire ! Il est donc important de bien connaître ses besoins. Pour les passionnés de photo, je conseille quand même de ne pas oublier qu’il faudra porter ce matériel la plupart du temps et aussi que dans beaucoup de pays il fera de vous un appât pour les voleurs.

Carnets de voyage en Nouvelle Zélande, Kaikoura, 03/01/2011. Photo Mathieu THOMASSET

Carnets de voyage en Nouvelle Zélande, Kaikoura, 03/01/2011. Photo Mathieu THOMASSET

Si je devais repartir aujourd’hui, je privilégierais quelques focales fixes plutôt compactes et offrant un bon rapport qualité/prix comme les 28mm f/2.8 IS USM, 40mm pancake, 50mm f/1.4 ou f/1.8 et 85 mm f/1.8 USM sur un boitier plein format plutôt compact et qui ne soit pas de la dernière génération, type 6D ou un robuste 5D mII chez Canon (ou chez Nikon un D610 et l’équivalent en focales fixes).

Je le combinerais aussi avec un second boitier plus compact et permettant d’être discret, le Fuji X100T par exemple me semble être un choix très intéressant. Mais il existe aussi de très bonnes solutions chez Olympus et aussi Fuji qui séduisent de plus en plus de photojournalistes pour sa relative compacité/discrétion et la qualité des images produites.

Après c’est aussi une question de budget et de priorité. Et à partir d’un certain niveau, il faut garder à l’esprit que ce n’est pas l’appareil qui fera une bonne photo mais bien l’oeil du photographe !

Carnets de voyage en Nouvelle Zélande, Détroit de Cook, champs d’éoliennes à flanc de collines, 10/01/2011. Photo Mathieu THOMASSET

Merci Mathieu pour tous ces conseils ! Vous pouvez suivre ses photo-reportages sur http://www.mathieuthomasset.fr

Anh

Anh est franco-vietnamienne et a vécu dans de nombreux pays (Russie, Australie, France, Norvège, Vietnam). Elle aime par dessus tout les chats, le DIY et la bonne cuisine.

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