Dernièrement, quelqu’un (d’origine étrangère) m’a confié qu’elle n’arrivait pas à savourer ses réussites : à peine un objectif atteint, elle sentait qu’il fallait déjà préparer le prochain. En tant qu’immigrante, je reconnais très bien ce fonctionnement. Les immigrants vivent dans une forme d’instabilité permanente, il suffit d’un contrat rompu, d’une maladie, d’un changement de loi, un document manquant… pour avoir l’impression de revenir à la case de départ. Et je ne crois pas que ce soit propre aux personnes immigrées, mais c’est un schéma que je vois souvent.
Une amie, privée d’amour parental, vit depuis l’enfance en mode « je suis indigne d’être aimée ». Pour elle, les rares signes d’approbation de sa mère n’arrivaient que conditionnels (une bonne note à l’école, un diplôme décroché), jamais inconditionnels. Son estime de soi est si fragile qu’elle peine à accepter mes cadeaux, comme si l’amour lui était totalement étranger ; elle se sent indigne et cherche aussitôt à « rendre la pareille », alors que je n’attends rien en retour.
D’autres n’arrivent pas à rester sans ne rien faire. Petites, dès qu’elles s’asseyaient sur le canapé, leurs parents les pressaient de faire leurs devoirs, de prendre une douche ou d’aller dormir. Il fallait toujours être occupé, et elles n’ont jamais appris ce que signifie vraiment se reposer.
Cette spirale d’automatismes où des stratégies de protection passées (hypervigilance, méfiance, productivité compulsive) deviennent des barrières invisibles à la joie, au repos et à l’épanouissement. En effet, quand on a connu la survie, on a tendance à y rester. Même si la situation s’améliore, on reste hyper prudent, toujours en train de prévoir la sortie de secours au cas où tout s’effondrerait. Dans « Autant en emporte le vent », Scarlett O’Hara, traumatisée par la guerre, est restée en mode survie même quand elle est redevenue richissime car elle avait trop peur de perdre sa ferme de nouveau.
Nous sommes nombreux à être passés par là : les années d’université où l’on avait tout juste de quoi payer le loyer et faire les courses, le premier emploi mal payé… Mais à un moment, il devient nécessaire de désapprendre ces réflexes, de sortir réellement du mode survie. Car en restant en mode survie, nous bloquons l’accès à l’abondance, à la beauté (la beauté a besoin d’un esprit d’abondance), à la liberté, à la création et surtout à l’élévation spirituelle (ce pour quoi nous sommes ici).
Notre système nerveux autonome a deux grandes branches : le système sympathique, qui gère l’activation, le combat ou la fuite, et le système parasympathique, qui permet le repos et la récupération. Quand nous vivons en mode survie quasi constant, l’essentiel de notre énergie est aspiré par ces réponses de stress : se battre, fuir ou se figer.
C’est pour cela qu’il est essentiel d’apprendre à quitter la survie et à activer davantage le système parasympathique. L’enjeu est d’envoyer à notre corps le message : « Je suis en sécurité maintenant. » Cela passe par le confort, par la permission de se faire du bien et de se traiter avec douceur.
Quand nous nous autorisons le confort (physique et émotionnel) nous signalons à notre système nerveux qu’il est en sécurité, permettant ainsi une transition de l’état sympathique (survie) vers l’état parasympathique (récupération et création).
S’offrir du confort est à la portée de tous : pratiquez la cohérence cardiaque (6 respirations par minute pendant 5 minutes chaque jour), optez pour des draps en satin de coton, remplacez progressivement vos vêtements en polyester par du coton, du lin, de la laine ou de la soie (sur Vinted, j’ai trouvé plein d’articles tout neufs pour moins de 30€). De temps en temps, offrez-vous un massage ou un soin du visage. Prenez du temps sur le canapé à ne rien faire (pas même scroller sur votre téléphone, juste laisser vagabonder vos pensées), allumez des bougies, invitez-vous au restaurant sans raison particulière, ne rencontrez que des gens que vous appréciez réellement et qui vous traitent avec respect…
Si vous êtes dans le même bateau et peinez à désapprendre le mode « survie », je vous recommande la série de vidéos « Soft 60 » de Shania Khan que j’ai découverte récemment. Elle s’adresse aux « girl bosses » trop fatiguées d’être dans la performance. Chaque jour apporte un exercice concret pour sortir de cette dynamique. C’est une belle porte d’entrée pour comprendre ce que ça signifie quand on dit « love yourself ».


