Nuage Sauvage, du Thé Bio vietnamien & Trà Art, salon de thé vietnamien à Paris

Note par Anh : Vân est mon amie d’enfance. J’ai vu naître son projet Nuage Sauvage du premier jour. De la sélection des producteurs, jusqu’à la dégustation des échantillons, en passant par le choix du packaging et les travaux de sa boutique. De loin ou de près, j’ai suivi chaque étape de son projet. Je suis reconnaissante qu’elle ait introduit le thé vietnamien en France pour faire connaître davantage la culture du thé de notre pays. Sa boutique et son site web présentent les thés les plus délicieux et les plus rares. Certains sont tellement rares que seulement une centaine de kg est produite chaque année. Voici une interview réalisée avec Vân, pour vous en dire plus sur la culture du thé vietnamienne, ainsi que sa boutique / son salon de thé Nuage Sauvage.

Mon avis honnête sur Nuage Sauvage : J’ai dégusté moi-même les thés de Nuage Sauvage. La qualité est supérieure aux thés que j’ai pu acheter moi-même au Vietnam. Ses thés ne sont pas broyés, mais chaque feuille garde parfaitement sa forme et son arômes. Le thé rare Shan Tuyet est tellement incroyable qu’il sent naturellement les fleurs, alors qu’il n’a pas été parfumé ni par les fleurs ni par les épices. J’ai beaucoup aimé le thé oolong et le thé Ecailles de dragon.

Bài phỏng vấn bằng tiếng Việt tại đây. Version vietnamienne

Bonjour Van, peux-tu te présenter, comment est né Nuage Sauvage ?

Je m’appelle Van, une Vietnamien vivant à Paris depuis 12 ans.

Avant, je travaillais dans un bureau, mais comme Anh, je voulais être libre et m’explorer, alors j’ai quitté mon travail, et ai démarré pendant 2 ans, ouvert une entreprise dans le but de redécouvrir mes origines et j’ai voulu créer de la valeur de mes propres mains. Avant de quitter mon travail, j’ai suivi un cours de photographie aux Gobelins, puis je suis retournée au Vietnam pour chercher un sujet de photographie.

C’est alors que j’ai vu, au Vietnam, dans les montagnes du nord de Ha Giang, de vieux théiers Shan Tuyet, au milieu de la forêt. Ils sont centenaires, mesurant entre 5 et 10 mètres. J’ai été subjuguée par cette vision, car à cette époque, comme la plupart des gens, je pensais que l’arbre à thé était comme un buisson, et non un arbre aussi si grand. Je ne savais pas à l’époque, que les théiers étaient cultivés aujourd’hui en monoculture, les plantes ont été croisées pour devenir plus courtes et plus faciles à récolter. L’arbre à thé, à l’origine, est une plante ligneuse qui, si elle n’est pas coupée, peut pousser très haut. Le nom scientifique du théier est camellia sinensis var. sinensis, issu de la région montagneuse d’Asie du Sud-Est : Chine, Laos, Thaïlande et Viet Nam.

Puis, avec le développement de l’industrie du thé, les gens ont cultivé d’autres variétés de théiers pour s’adapter à de nombreux climats, et ont eu recours à la culture monopole.

Dans le monde, il n’y a qu’à la frontière du Laos, de la Thaïlande, du Vietnam et de la Chine qu’il existe encore une telle forêt de théiers sauvages. Il s’agit d’un trésor de la nature à préserver.

Alors Nuage sauvage, c’est avant tout mon envie de protéger ce trésor.

De plus, on peut dire que c’est par patriotisme, car je veux que le thé vietnamien gagne sa place dans la culture du thé mondiale. Avec des théiers délicieux et rares, il existe une culture du thé millénaire, mais peu connue, au Vietnam.

Quand il s’agit de Thé Grand Cru, on pense souvent au thé japonais et chinois, ou au Darjeeling en Inde. Il y a quelques années, le thé vietnamien n’était pas sur les étagères des boutiques de thé. La grande majorité des touristes, quand ils viennent au Vietnam, sont invités à boire du thé vert qui a été infusé trop longtemps, donc très amer. Nos parents et grands-parents aiment boire du thé vert très concentré et très amer. Les étrangers pensent, à tort, que le thé vietnamien n’est pas bon. Mais en réalité, au Vietnam, il y a aussi une autre manière de déguster le thé : la philosophie Tra No initiée par le seigneur Tinh Vuong Trinh Sam (1767-1782). Une philosophie à la fois simple et profonde : pour mieux apprécier le thé, il faut le laisser devenir le « Maître ». Contrairement à la Chine et au Japon, où l’homme est « maître du thé », ici, il faut élever le thé au rang le plus haut lors des cérémonies.

C’est pour cela que je souhaite que Nuage Sauvage devienne une marque pérenne du thé vietnamien en Europe, pour introduire la culture du thé vietnamienne, ainsi que les thés délicieux et rares du Vietnam, inconnus jusque là.

Quelle est la différence entre la culture du thé au Vietnam et en France ?

C’est une bonne question, car c’était intéressant de voir que le thé reflète les différences culturelles. Il est préparé, dégusté et apprécié différemment d’un pays à l’autre.

Au Vietnam, le thé peut être consommé partout. Et au Vietnam, la majorité boit du thé vert, qui est très concentré. Dans les rues commerçantes animées, vous pouvez vous arrêter n’importe où pour acheter une tasse de thé glacé vendue dans un boui boui installé sur le trottoir même. Le streetfood est souvent accompagné d’un thé glacé. La génération des nos parents et grands-parents consomme encore du thé vert à la maison, plusieurs fois par jour. Les jeunes vietnamiens n’en consomment plus autant, préférant les boissons importées et plus tendance. Il est dommage que les sachets de thé, très pratiques, comme Lipton, qui ajoutent toutes sortes de saveurs, soient préférés au thé vert traditionnel.

Mais depuis ces dernières années, il existe un petit groupe de jeunes vietnamiens à la recherche de valeurs traditionnelles. Les salons de thé traditionnels refont leur apparition à Hanoi, comme pour recréer le passé : Thuong Tra, Room 301, 2 Tong Dan, Ly Thai To, Hoan Kiem, Hanoï, Vietnam ; Maison de thé Hien Minh, 13 Ngo Tat To Street, Van Mieu, Dong Da, Hanoï, Vietnam; Salon de thé (51 Phan Chu Trinh Lane – Hoan Kiem)

En France, bien que la culture du thé de rue ne soit pas présente comme à Hanoi, il y a encore beaucoup de boutiques et salons de thé indépendants, distribuant des centaines de thé venant du Japon, de la Chine, de l’Inde, du Srilanka, de la Thaïlande, du Laos… ainsi que les thés mélangés aux fleurs, aux herbes aromatiques, aux fruits, très riches en saveur.

Cependant, le thé vietnamien y est souvent absent. C’est cela qui m’a incitée à ramener le thé vietnamien à Paris et en Europe.

Y-a-t-il une différence entre les thés que tu vends en France et ceux vendus au Vietnam?

Les thés que je vends viennent du Vietnam. Ils sont issus d’une Coopérative de thé à taille humaine (Coopérative de Bản Liên), que j’ai sélectionnée. Je choisis les thés avec mes producteurs, et contrôle la qualité avec eux. Mes thés viennent de trois fournisseurs installés dans les régions montagneuses du Nord du Vietnam: Ha Giang et Lao Cai. Cet endroit abrite des anciens théiers du Shan, non contaminés par des pesticides ou des engrais chimiques. Ils cultivent une plus grande variété de théiers également, pour produire du : thé blanc, thé vert, thé noir, thé fermenté dans l’atrium, thé jaune, etc. Fidèle à cette source de thé, j’estime que c’est le meilleur moyen de contribuer au développement d’une culture agroforestière éco-durable.

Si l’on élargissait l’approvisionnement, le thé au Vietnam est cultivé et transformé des régions montagneuses du Nord jusqu’aux plaines : Phu Tho, Thai Nguyen, Ba Vi (pour le thé vert) et Lam Dong, Da Lat pour le thé oolong. J’ai bon espoir que ces régions montreront des signes favorables à l’agriculture biologique, car la majorité des zones de production de thé au Vietnam sont maintenant principalement destinées aux exportations de thé vers le Moyen-Orient et pour Lipton. La monoculture se trouve augmentée chaque année. Pour assurer un rendement élevé, ils utilisent actuellement beaucoup de produits chimiques et d’engrais chimiques. Actuellement, le Vietnam est le cinquième pays exportateur de thé au monde, avec une production de 137000 tonnes en 2020.

J’en importe seulement quelques centaines de kilogrammes de thé bio par an, issu de la région montagneuse du nord de Ha Giang. Entre 1200 et 2400 mètres d’altitude.

Pour quelqu’un qui n’a jamais essayé de thé vietnamien, lequel recommanderais-tu ?

Je conseillerais du thé au jasmin et du thé au lotus. Car ce sont deux thés parfumés typiques du Vietnam, avec la technique de parfum très sophistiquée pour créer une boisson aux saveurs florales intenses. C’est un art. Surtout le thé de lotus, fleur symbolique du Vietnam. Il porte l’esprit de la nation, une fleur poussant dans la boue, mais le parfum et la couleur sont purs et délicats. Nous, un peuple plongé dans la guerre depuis des siècles, nous avons le devoir de cultiver notre âme et notre esprit, pour qu’ils soient aussi purs que la fleur de lotus.

Note par Anh : la fleur de lotus ne fleurit que deux fois par an. Les fleurs les plus fraîches donnent le plus de parfum. Il faut beaucoup de travail pour parfumer le thé à la lotus. Rien que la récolte des fleurs prend du temps car il faut le faire à la main, en se faufilant entre les fleurs sur une petite barque, pour ne pas abîmer les bourgeons.

Le parfum du lotus est passionné, chaleureux, soulage les tensions et les maux de tête. Pour parfumer 1Kg de thé de lotus, il faut 1000 fleurs de lotus, et la technique est très sophistiquée. En buvant ce thé, vous découvrirez vraiment la beauté de la philosophie vietnamienne, l’essence de la cuisine vietnamienne.

Quelles sont les spécialités de Nuage Sauvage ?

Nuage Sauvage propose plusieurs types de thé : thé blanc, thé vert, thé jaune, thé oolong, thé noir, thé fermenté, thé parfumés aux fleurs, épices et herbes aromatiques provenant du Vietnam. Chaque thé a son propre caractère. Mais nous proposons un thé blanc très rare : Ecaille de dragon, qui provient d’une très rare variété d’arbre à thé Camelias tailentis, avec des bourgeons et des feuilles violettes, donnant un arôme de rose particulièrement parfumé de litchi mûr.

Qu’est-ce qui distingue ton salon de thé d’autres salons de thé parisiens ?

Nuage Sauvage est situé au cœur de la Boutique Tra Art au 34b rue bichat 75010 Paris, derrière un joli petit canal quai Jammape.

La différence notable, c’est que j’introduis et vends vend uniquement du thé vietnamien. Il y a un mur dédié à l’affichage des œuvres de jeunes artistes vietnamiens. C’est un espace dédié au thé et à l’art vietnamien.

Une étagère met à disposition de nos clients des romans et des bandes dessinées d’écrivains et d’artistes vietnamiens.

J’ai nommé mon salon de thé T-R-À A-R-T, l’art du thé. Trà /ʨa̤/ qui se prononce Tcha, signifiant « thé » en vietnamien, est le miroir de l’Art. Dans notre culture, l’art se trouve dans le thé et le thé se trouve dans la vie, une forme de l’art.

Venez déguster du thé vietnamien au salon de thé TRA ART au 34b rue Bichat 75010 Paris
Google Maps
Pour passer les commandes en ligne, rendez-vous sur le site https://nuagesauvage.fr/

Road Trip : Découverte de l'Albanie du Sud
    Anh

    Anh est franco-vietnamienne et a vécu dans de nombreux pays (Russie, Australie, France, Norvège, Vietnam). Elle aime par dessus tout les chats, le DIY et la bonne cuisine. Ayant une très bonne mémoire, Anh est capable de vous donner le tarif du petit bus pris entre le Chili et la Bolivie qu'elle a pris il y a 3 ans.

    Tous Mes Articles
    Write a comment

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.