[Story time] Comment je suis devenu bac +5 avec une VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) ?

J’ai fait des études d’informatique : un DUT (bac +2) obtenu en 2007. Le projet consistait à poursuive avec un master (bac +5), mais je me suis lancé dans une création d’entreprise et n’ai jamais repris mes études ensuite.

Durant presque 20 ans de carrière, mon niveau d’études ne m’a jamais freiné. J’exerçais dans un domaine d’activité nouveau (le webmarketing), la plupart des profils étaient des autodidactes, il n’existait pas de formations académiques.

En 2025, j’ai décidé de me reconvertir dans le domaine de la cybersécurité, je me suis formé, j’ai passé une certification, puis j’ai commencé à chercher du boulot. Une recherche d’emploi n’est jamais une sinécure, surtout dans le cadre d’une reconversion.

J’ai reçu des dizaines de refus pour « manque d’expériences », ce qui était parfaitement légitime. J’ai aussi reçu des réponses « nous embauchons uniquement des niveaux bac +5 ». Ce qui est moins légitime et même un peu vexant. Être réduit aux études que l’on a fait 20 ans auparavant, après avoir créé des entreprises, managé des équipes, mené une multitude de projets, …

J’ai finalement trouvé un employeur, mais cet épisode m’est resté un peu en travers de la gorge et je me suis dit qu’il serait dommage que mon niveau d’études continue à me fermer des portes à l’avenir.

C’est pour cela que je me suis lancé dans une VAE (Validation des Acquis de l’Expérience), procédure permettant de valider officiellement un niveau d’études en justifiant de son expérience.

Le choix de la certification

La première étape, l’une des plus importantes, consiste à sélectionner avec soin la certification que vous allez passer.

Pour cela, il faut se rendre sur le site de France Compétences. A l’heure où je rédige ces lignes, il y a 29 586 certifications référencées !

J’ai commencé à faire une recherche avec mon domaine d’expertise (le « SEO ») et j’ai filtré sur le niveau de qualification que je souhaitais obtenir : « Niveau 7 » pour un bac +5.

Il n’y avait déjà plus que 41 résultats, on avance !

Chaque certification liste l’ensemble des compétences à justifier pour obtenir le précieux sésame. Dans celle que j’ai choisi, il y avait 32 compétences, réparties en 4 blocs.

Petite astuce, en bas de chaque page, vous pouvez cliquer sur « Référentiel d’activité, de compétences et d’évaluation » pour télécharger le référentiel au format PDF avec un format de lecture bien plus agréable que sur la page web !

Pour chaque certification, j’ai commencé à faire une petite sélection rapide de celles qui pouvaient correspondre à mes expériences.

Il faut ensuite s’assurer que la certification est disponible en VAE, ce qui n’est pas forcément systématique. Pour chaque certification, vous avez la liste des organismes certificateurs (des écoles ou des universités généralement). Il faut se rendre sur leur site pour voir si la VAE est disponible, ce n’est malheureusement pas indiqué directement sur le site de France Compétences.

Mon choix s’est finalement porté sur la certification « Manager de la stratégie marketing digitale » proposée par l’ESPL (Ecole Supérieure des Pays de Loire).

Combien ça coûte ?

Le budget d’une VAE peut-être très variable, il dépend du diplôme, de l’école, du choix d’être accompagné ou non par un organisme externe qui va vous aider dans le processus.

Par exemple, une VAE à HEC coûte la modique somme de… 20 000 € !

Dans le cas de l’ESPL, cela m’a coûté 3 310 € :

  • 630 € pour l’école
  • 2 600 € pour 24h d’accompagnement pour préparer le livret et l’oral
  • 80 € de frais pour l’organisation du jury

Deux points importants à savoir :

  • Vous pouvez utiliser votre crédit CPF si vous en avez, j’ai pu mobiliser 1 000 €.
  • L’accompagnement est facultatif

Etant donné que l’accompagnement représente une part importante du budget, beaucoup s’interrogent sur l’intérêt d’y avoir recours.

Je ne pense pas que ce soit absolument indispensable mais je suis certain que ça m’a fait gagner beaucoup de temps et d’énergie.

L’accompagnement va rythmer votre travail, les rendez-vous d’avancement réguliers vont vous mettre une pression que vous n’auriez pas forcément en l’absence de deadlines à respecter.

Surtout, votre accompagnant va vous guider sur les attentes du jury qui sont beaucoup plus « scolaires » que celles que vous rencontrez dans la vie professionnelle. Il y a bien sûr des ressources disponibles pour vous expliquer ce que vous devez préparer, mais j’ai eu des dizaines de questions sur comment orienter mon travail. L’accompagnement va vous éviter de nombreuses erreurs qui pourraient être fatales pour le jury.

Mes livrables auraient été très différents sans accompagnement. Aurai-je tout de même réussi ma VAE ? Peut-être. Mais je ne pense pas que je l’aurai obtenu si rapidement, en 6 mois.

La demande de recevabilité

Une fois que le choix de la certification effectué, vous devez remplir une formalité purement administrative : la demande de recevabilité.

Il s’agit d’un formulaire CERFA officiel dans lequel, en gros, vous devez décliner votre identité, votre niveau d’études et vos expériences professionnelles.

Pour chaque expérience, vous devez décrire rapidement en quoi elles correspondant avec la certification que vous convoitez et fournir un élément de preuve (un contrat de travail, un bulletin de salaire, un extrait Kbis, …).

Ce CERFA est à transmettre à l’école certificatrice qui va examiner votre demande.

Quelques jours plus tard, vous recevrez une réponse. Si elle est positive, vous obtenez une « notification de recevabilité » : vous pouvez vous mettre au travail !

La rédaction du livret 2

C’est le gros du travail, le livret 2 (la demande de recevabilité étant considéré comme le « livret 1 ») est une sorte de mémoire (entre 80 et 100 pages) dans lequel vous devez raconter les expériences professionnelles que vous avez vécues qui justifient que vous possédez les compétences exigées par la certification.

En simplifiant un petit peu, il y a deux grandes parties :

  • Un long tableau dans lequel vous allez devoir justifier succinctement chaque compétence
  • La description détaillée de « situations professionnelles » (entre 4 et 6)

La seconde partie est la plus importante, il faut sélectionner avec soin les situations professionnelles, pour permettre de couvrir l’intégralité des compétences requises (32 dans mon cas). C’est l’un des aspects que je n’ai pas trop appréciés dans ce travail : plutôt que de raconter naturellement les expériences en insistant sur les points intéressants, je devais sans cesse veiller à « cocher » l’intégralité des cases, quitte à broder sur des éléments anecdotiques.

Dans cette partie, vous devez apporter le maximum d’éléments de preuves justifiant votre expérience, en annexe ou dans le corps du contenu. Pour ma part, j’ai fait des impressions écran de tableau de bords que j’ai construits, d’outils que j’utilisais, l’interview que j’avais accordé à un média, un communiqué de presse annonçant le projet que j’avais mené, un tableau de suivi budgétaire, …

J’ai eu un petit peu de mal à trouver mon style rédactionnel au départ, j’ai hésité entre l’utilisation du passé (certaines expériences étaient très anciennes !) et le présent qui rend le récit plus vivant. J’avais aussi beaucoup tendance à utiliser le « nous », car la grande majorité des projets que je décrivais sont le fruit d’un travail en équipe. Mais mon accompagnatrice a bien insisté sur le fait que c’est moi qui allait être jugé par un jury, et ses attentes sont de savoir ce que j’ai fait. Il font donc systématiquement utiliser le « je ».

Lorsque j’expliquais ce travail à des proches, le réflexe était souvent de me demander « tu utilises ChatGPT » ? Et bien non ! J’ai beau l’utiliser quotidiennement (l’une de mes situations professionnelles concernait d’ailleurs un projet IA), je pense qu’un lecteur un minimum aguerri réalise très vite le manque de substance d’un récit comme celui-ci rédigé par une IA.

C’est donc une rédaction « 100% bio » que j’ai présenté et il a été très apprécié par ceux qui l’ont lu, le jury y compris !

En revanche, pour le grand tableau très scolaire dans lequel il fallait « matcher » chaque compétence requise avec une de nos expériences, j’ai utilisé l’IA sans scrupule ! Je lui ai donné le tableau d’une part, mon récit d’autre part, et je lui ai laissé faire le gros du boulot, je n’avais plus qu’à modifier à la marge.

Le jury

Cela doit dépendre des établissements, le mien organise quatre jurys par an. Pour s’inscrire à une session, il « suffit » d’envoyer le livret 2 complet 45 jours avant la date du jury.

J’ai apprécié cette flexibilité qui m’a permis de compléter ma VAE rapidement. J’ai démarré en septembre 2025, je suis passé devant le jury en mars 2026. Sachant qu’aucun timing n’est imposé, si vous avez besoin de deux ans, ce n’est pas un problème.

Le jury est composé d’au minimum deux personnes, j’en avais trois lors de mon passage. En principe, l’exercice se déroule en présentiel. Comme il y avait de fortes chances que je sois à l’étranger, j’ai pu le passer en visio.

Il consiste en 30 minutes de présentation, suivi de 15 minutes de questions / réponses.

Le format est assez libre même si une trame est fournie : présentation, motivations du projet, situations professionnelles, bilan de la démarche.

J’ai pu faire deux « jurys blancs » avec l’organisme qui m’accompagnait pour bien ajuster ma présentation.

Lors de mon passage, tout s’est bien passé (sauf un problème technique !). A l’issu des questions / réponses, je me suis déconnecté le temps que le jury délibère. Quelques minutes plus tard, j’étais rappelé pour recevoir la réponse positive. Je suis bac +5 !

Conclusion

Je suis très content d’être désormais officiellement Bac +5. Le niveau atteint grâce à une démarche VAE a exactement la même valeur que s’il est obtenu via un parcours classique, il n’y a aucune différence, ni aucune mention du fait qu’il ait été acquis via VAE.

Le parcours s’est tout de même fait dans la douleur, dans le sens où j’ai énormément de mal à me motiver pour travailler sur quelque chose qui ne m’intéresse pas. Contrairement à beaucoup qui se lancent dans une VAE par nécessité (pour obtenir un emploi, ou changer de poste) ma seule motivation était de « cocher la case bac +5 » dont j’aurai peut-être besoin un jour. Ce faisant, les (longues) heures que je passais à travailler sur ma VAE étaient autant d’heures que je ne consacrais pas à développer mes compétences dans mon nouveau métier (la cybersécurité).

C’est malgré tout un super accomplissement, et je peux désormais briller en soirée en expliquant que j’ai un double diplôme : un en informatique, un autre en management !

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    Jean-Benoit

    Passionné de SEO, Jean-Benoit a toujours rêvé d'aventures et de grands espaces. Ce tour du monde est pour lui la réalisation de son plus grand rêve.

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