J’ai passé un mois entier en Ile de France pour garder les chats de mes amis pendant leurs vacances donc j’ai eu pas mal d’activités variées.
Enluminure
J’ignore si je vous ai déjà parlé de mon obsession pour l’enluminure mais elle existe depuis plusieurs années.
Cela faisait plusieurs années que je voulais me former en enluminure mais c’est seulement cette année que j’ai pu être à Paris au bon moment et m’inscrire au stage d’enluminure de Florence Aseult. Plusieurs participantes ont dit que l’enluminure était devenue une obsession et c’est en la pratiquant que j’ai compris pourquoi. C’est la première fois que je vois qu’il y a une tâche répétitive qui dure plusieurs heures (dépôt de la peinture en plusieurs fines couches) dans l’artisanat; et puisque ça ne demande pas beaucoup de réflexion, on entre dans un état « flow » comparable à la méditation. On se coupe de l’extérieur, se trouve face à soi-même et c’est drôlement relaxant. Quand j’ai vu le sujet le premier jour (un dragon), j’ai pensé que je n’y arriverais jamais en 2 jours. A la fin du 1er jour, je suis rentrée très confuse et pleine de doutes car le résultat est vraiment mauvais et je ne sais même pas où j’ai m*rdé car j’avais l’impression d’avoir suivi plus ou moins les consignes. Heureusement le 2ème jour, quand on a commencé à ajouter des ombrages, mon dessin a fini par ressembler à quelque chose. Je suis assez fière de moi, même si le résultat n’a RIEN à voir avec le modèle original.
Il y a certaines personnes qui font de l’enluminure pour la première fois et se débrouillent 10 fois mieux que moi. Je crois au talent inné mais aussi au travail et de l’acharnement. Après ce stage d’enluminure, je suis arrivée à la conclusion que je ne pourrais pas envisager de reconversion dans l’artisanat. La raison principale est mon manque de dextérité. Je sais que cela se travaille, mais j’ai pu comparer la mienne avec celle d’autres personnes lors de nombreux stages et ateliers. Une personne avec une dextérité moins bonne comme moi, au lieu de mettre 10 000 heures pour maîtriser un art, va peut-être en mettre 15 000 par exemple. Alors qu’un talent inné aurait pu ramener ce temps à 8 000 heures.
Je parle d’expérience : étant naturellement douée en musique, j’ai pu mesurer concrètement l’avantage que représentent les aptitudes innées. Le nombre d’heures d’entraînement que j’ai économisées par rapport à mes camarades du conservatoire est saisissant.
Paradoxalement, nous sommes souvent attirés par les domaines où nous excellons le moins, car ceux où nous réussissons naturellement nous paraissent dénués de défi. Nos talents nous échappent souvent précisément parce qu’ils nous viennent sans effort. Nous supposons naïvement que tout le monde maîtrise aussi facilement que nous ce qui nous semble évident. C’est pourquoi le regard extérieur – professeurs, collègues, managers – est si précieux : il révèle ces facilités que nous ne savons plus voir.
L’anecdote de Jeff Bezos illustre parfaitement cette réalité : à Princeton, lui et son colocataire ont passé trois heures à buter sur un problème de mathématiques. Épuisés et découragés, ils sont allés voir Yasantha, leur camarade sri-lankais. Celui-ci a résolu en quelques minutes ce qui leur avait pris des heures sans succès. Bezos a compris à ce moment-là qu’il ne pourrait jamais rivaliser avec les véritables talents naturels en physique théorique. Plutôt que de s’obstiner dans une voie où il serait toujours en difficulté face à des génies comme Yasantha, il a eu la sagesse de se réorienter vers l’informatique et l’ingénierie – domaines où ses aptitudes naturelles pouvaient s’exprimer pleinement. Cette décision l’a mené à créer Amazon. Imaginez s’il avait persisté en physique par orgueil : au lieu de révolutionner le commerce mondial, il aurait probablement mené une carrière académique laborieuse, toujours à la traîne des vrais prodiges.
Je poursuivrai ces pratiques artisanales pour le plaisir qu’elles procurent et l’indépendance qu’elles offrent. Elles me libèrent de la dictée du marché et des modes, me permettant de matérialiser mes propres envies créatives. Mais ma priorité maintenant sera de trouver un domaine où je suis naturellement douée et qui me passionne.
Lucy Boucher
Lors du salon du livre rare à Paris en 2023, je suis tombée sur une illustration de l’artiste Lucy Boucher. Je voulais l’acheter mais on m’a dit que c’était pour décorer le stand et qu’il fallait acheter tout le livre (1000€ je crois) pour l’avoir. J’ai la fâcheuse tendance à inventer des défis quand on me dit « non » et je crois que c’est à partir de ce moment que j’ai développé une obsession pour l’enluminure.

J’ai enfin pu mettre la main sur une illustration de Lucy Boucher après deux ans de recherche et d’alertes sur les sites d’enchères. Ce n’est pas la même que celle du salon, mais une autre, similaire. Ce style n’est pas de l’enluminure mais c’est une forme d’enluminure moderne. Les artistes qui en font sont appelés « peintres miniaturistes ». Au lieu de faire un seul exemplaire comme l’enluminure médiévale, on utilise des pochoirs pour reproduire des illustrations jusqu’à 1000 exemplaires. Mais ce n’est pas une partie de plaisir pour autant. C’est très manuel. Les pigments sont déposés à l’aide de pochoirs en zinc. Il faut entre 20 et 80 passages pour un dessin. J’ai trouvé celle-ci pour 25 euros sur Vinted (une affaire !). Vous trouverez ce genre d’illustrations dans des livres d’art, livres pour bibliophiles publiés dans les années 60. Certaines sont signées et offertes avec le livre; d’autres sont prélevés à partir de livres comme c’est le cas de mon illustration. En tout cas, les couleurs sont très vives et les illustrations sont souvent dorées (à la poudre dorée).
Les nano bags
Pour la maroquinerie, j’ai compris qu’il fallait répéter les mêmes gestes sans cesse pour m’améliorer. Ainsi, je fais des micro sacs. Je gâche moins de cuir, tout en faisant toutes les parties d’un sac. Il me semble que les marques de luxe font jusqu’à 20 prototypes avant le design final. Je suis seulement à mon 3ème prototype. Je ne suis pas encore satisfaite du design, mais je vois des améliorations d’un design à l’autre. En répétant les mêmes gestes, je ne fais plus les mêmes erreurs et les finitions sont meilleures. J’aime beaucoup car c’est la première fois que je peux me permettre de bien prendre le temps d’exécuter chaque geste. Avant, j’étais souvent contrainte par le temps ou la nécessité d’avoir l’objet immédiatement (pour utiliser).
Donc vous pouvez voir :
- mon micro sac bleu qui ne peut contenir que des airpods pro. L’inconvénient de ce design, c’est l’absence des renforcements, le sac se déforme avec le temps.
- mon micro sac qui ne peut contenir que des airpods pro. L’inconvénient de ce design, c’est le bouton à pression que je trouve beaucoup trop épais.
- mon micro sac qui peut contenir 2 cartes bancaires, des airpods pro & mes clés. L’inconvénient de ce design, c’est la fermeture zippée trop courte. Les dimensions du micro sac sont tout justes, et les poignées trop longues et fines.



J’ai visité pas mal de musées ce mois-ci mais mon préféré reste celui de Jacquemart-André dont j’ai parlé dans un autre article.
A dream within a dream
C’est une série chinoise sortie cet été.
Synopsis : Song Xiaoyu, une jeune actrice en herbe, se retrouve transportée dans l’univers du script qu’elle lisait… dans la peau de la tragique héroïne Song Yimeng. Connaissant le scénario, elle essaie de modifier le destin de son héroïne, mais celui-ci est intimement lié à celui du prince Nan Heng, incarné par Liu Yuning. Certaines scènes clés doivent absolument se jouer, peu importe ses efforts car imposés par le script.

La série compte 40 épisodes assez courts et franchement, c’est à mourir de rire.
Au fil des épisodes, d’autres personnages finissent aussi par prendre conscience qu’ils ne sont que des personnages dans un scénario. Au début, ils n’y croient pas, évidemment (qui accepterait facilement que son monde n’existe pas ?), mais peu à peu, ils essaient, eux aussi, de reprendre le contrôle de leur trajectoire. Cela fait écho à des thèmes profondément ancrés dans la culture asiatique : le déterminisme, la question du libre arbitre, et l’idée que notre monde est peut-être une illusion, un rêve. Et que lorsque nous nous « réveillerons », nous retournerons à une forme d’origine, à la « SOURCE » (le Tao). Pourtant, la série propose une lecture subtile : même si ce monde est fictif, même s’il est écrit à l’avance, il mérite d’être vécu jusqu’au bout, avec intensité et liberté.
Cela semble être une réponse à une tendance actuelle en Asie, où certaines personnes choisissent de se détacher complètement de la société, convaincues d’avoir atteint une forme d’éveil. Mais la série semble suggérer que l’expérience humaine, aussi imparfaite soit-elle, doit d’abord être pleinement vécue. Ce n’est qu’après avoir traversé la vie dans toute sa complexité qu’un véritable retour à la « source » peut avoir du sens. En d’autres termes, fuir le monde au nom de l’illumination est peut-être une illusion elle-même, car la croissance intérieure passe d’abord par l’engagement avec son environnement, quel qu’il soit.
Parmi les personnages secondaires, il y en a un qui m’a marquée : un jeune homme né dans une bonne famille, pas très vif mais qui s’en sort bien parce qu’il est bien entouré. Il ne mesure ni sa chance ni sa position. Et le plus ironique ? Chaque fois qu’il échoue à cause de ses propres décisions, il rejette la faute sur le héros. Certes, le héros n’est pas non plus le plus gentil de la planète, mais ce personnage secondaire est aussi responsable de pas mal de drames dans sa vie qu’il ne veut pas admettre. Plus il s’acharne contre le héros, plus celui-ci s’élève. Ce genre de personnages n’a rien de fictif : on en croise dans la vraie vie. Des personnes enfermées dans une posture de victime permanente, incapables de se remettre en question, fuyant leurs responsabilités et préférant accuser les autres plutôt que de se regarder en face.
Enfin, il y a un autre personnage féminin extrêmement intelligent, une « high achiever« . Pourtant, elle incarne ce qu’on pourrait appeler une « fille paillasson » : elle court après son crush, dessine 73 portraits de lui en trois jours, se dévoue entièrement. Et à la fin, il lui avoue que tout ce dévouement le rend inutile, qu’il n’a plus sa place, elle fait déjà tout. Cette dynamique est très parlante : quand une personne donne tout, elle finit par étouffer l’autre, le réduire à un rôle passif. Sur le long terme, celle qui donne finit par se fatiguer, se sentir seule dans l’émotion. Et souvent, c’est elle qui finit par exploser, reprochant à l’autre son inaction, alors même qu’elle a pris toute la place depuis le début. C’est un paradoxe douloureux : lui se sent effacé, elle se sent incomprise et mal aimée. Elle donne tout, il n’est pas reconnaissant. C’est un piège fréquent chez les “high achievers« . Il faut un équilibre, comme le yin et le yang. Dans la série, ils finissent mariés et heureux mais dans la vraie vie, on tendra plutôt vers le divorce comme Astrid et son mari dans l’excellent Crazy Rich Asians. Quand un homme sait qu’il ne mérite pas telle femme et le dit tout haut tout fort, il faut l’écouter, le croire au lieu de lui courir après.
Bref, bien que ce soit une série « d’époque », il porte des messages philosophiques et sociétaux très intéressants. La fin, je ne vais pas spoiler, est surprenante et les fans essaient de donner leurs hypothèses sans cesse depuis la diffusion.
Le charisme
J’ai rencontré lors de mes visites une femme très charismatique pour qui j’ai eu un véritable coup de cœur amical. Elle dégage un des trois types de charisme qu’on voit dans les livres : presence, power and warmth (présence, pouvoir et chaleur), et dans ce cas précis, c’est la « présence ». Selon Olivia Fox Cabane, le charisme se compose de trois éléments fondamentaux interconnectés :
- Présence : être pleinement ici et maintenant dans une interaction, ce qui construit la confiance et fait sentir à l’autre qu’il est valorisé.
- Pouvoir : la perception de sa capacité à influencer le monde autour de soi; via l’expertise, le statut, le langage corporel, etc.
- Chaleur : la bienveillance visible envers autrui.
On a l’impression que lorsqu’on lui parle, plus rien n’existe autour. Il y a une telle concentration dans son regard, dans son écoute active, dans sa manière de reformuler ce que je viens de dire (pour s’assurer qu’elle a bien compris mon message), qu’on se sent compris et apprécié pour ce qu’on est vraiment – alors que les autres sont plutôt en train de réfléchir à ce qu’ils vont dire ensuite ou préparent des arguments pour nous contredire. C’est la première fois que je rencontre une personne en chair et en os avec un tel charisme.
Dans la littérature, on a Gatsby :
Il souriait avec compréhension — bien davantage qu’avec simple compréhension. C’était l’un de ces sourires rares, porteurs d’une qualité d’éternelle assurance, que l’on ne rencontre que quatre ou cinq fois au cours d’une vie. Un sourire qui, l’espace d’un instant, semblait affronter le monde extérieur tout entier, puis se tournait vers vous, chargé d’un irrésistible parti pris en votre faveur. Il vous comprenait juste autant que vous désiriez être compris, croyait en vous comme vous souhaiteriez croire en vous-même, et vous donnait la certitude qu’il avait de vous précisément l’image que, dans vos plus hauts instants, vous espériez offrir.
Le deuxième exemple est une personne dont j’ai seulement entendu parler. C’est l’amie d’une copine. J’ai appris via cette dernière que cette femme avait un studio au centre de Paris, prêté par sa patronne gratuitement (sans arrière-pensée). J’ai appris plus tard que c’était le genre de femme à qui on rendait des services juste pour pouvoir rester ami avec elle et profiter de sa présence et de sa lumière. J’ai demandé d’où venait son charisme et on m’a parlé de présence, de concentration… exactement comme la femme que j’ai rencontrée cet été.
Je n’ai pas d’exemples à donner pour la deuxième catégorie « power », mais j’ai un exemple d’un charisme appartenant à la dernière catégorie : « warmth ». Une amie m’a offert une séance chez un chiropracteur et elle m’a raconté comment elle l’avait « trouvé ». Elle participait à un événement public dans la rue, et quand ce chiropracteur est arrivé, il émanait une énergie si forte que tout le monde s’est retourné comme s’il était Jésus et s’est demandé « qui est-ce ? ». Lors du soin avec lui, j’ai compris qu’il avait une énergie de « gourou » : il émane un amour inconditionnel, sans jugement, que je n’ai jamais vu ailleurs. Je comprends mieux pourquoi les gens se prosternent devant les gourous, leur donnent toute leur fortune, juste pour être près de ce champ d’amour inconditionnel. L’amour inconditionnel émane difficilement de parfaits étrangers – j’ai l’impression que seule une maman peut l’offrir. Et pas toutes les mamans, en plus. C’est pour ça que c’est si rare et si irrésistible. J’ai raconté cette histoire à beaucoup de personnes et elles m’ont toutes demandé pourquoi je n’étais pas retournée voir ce chiropracteur. Je leur ai dit que je ne cherchais surtout pas de gourou 😀 J’avais juste besoin de savoir que ça existait et que c’était la 4ème énergie la plus forte qu’on puisse dégager en tant qu’être humain (supérieure à 500, selon le livre Power vs. Force de David R. Hawkins). Avant de le chercher chez une source extérieure, il vaut mieux travailler pour s’auto-donner de l’amour inconditionnel.

Tout cela m’a fait comprendre que le charme prime sur la beauté physique. Si la beauté peut susciter la jalousie, le charme rend instantanément une personne plus belle et magnétique. Je pense que le charisme se cultive, mais pas dans une logique de manipulation – c’est une question d’aura.
La personne charismatique possède un niveau énergétique naturellement élevé, ou travaille à l’élever. Cette intensité lui permet de rayonner et de partager cette énergie de manière illimitée avec son entourage. À l’inverse, j’ai aussi rencontré une personne dont l’aura était extraordinaire (coup de foudre amical aussi), pour finalement s’estomper avec le temps à cause de circonstances de vie difficiles. Cela confirme que cette énergie n’est pas immuable et nécessite d’être entretenue. Beaucoup ne saisissent pas cette nuance et se demandent « pourquoi les gens me fuient-ils alors que je souris constamment ? ». C’est parce que les autres détectent intuitivement qu’il s’agit d’un sourire de façade, masquant un mal-être profond ou artificiellement maintenu par Xanax and co. Multiplier les sourires ne garantit pas d’être perçu comme heureux, et cette dissonance se ressent immédiatement.
J’espère que vous avez passé un bel été et que j’aurai plein de belles choses à vous montrer en septembre.


