Aujourd’hui, nous visitons le très attendu Tiger’s Nest.
Cet article fait partie d’une série d’articles sur le Bhoutan, lisez d’abord la première, la deuxième puis la troisième partie.
Partie 1 : Carnet de voyage
Partie 2 : Conseils pratiques
Partie 1 : Carnet de voyage
Malgré un dîner un peu light hier, nous sommes plutôt bien servis ce matin.

Le guide vient nous chercher de bonne heure, pour éviter la chaleur. Le chauffeur nous dépose au parking et nous souhaite bonne chance. Le monastère de Taktshang, aussi connu sous le nom de Tigre’s Nest (Nid du Tigre), est l’un des lieux les plus emblématiques et spirituels du Bhoutan. Il est situé dans la vallée de Paro, accroché à une falaise à environ 3 120 mètres d’altitude. Ce site bouddhiste est sacré pour les Bhoutanais et attire des pèlerins ainsi que des touristes du monde entier.
Le monastère est lié à la légende du maître bouddhiste Padmasambhava, également connu sous le nom de Guru Rinpoché. Selon la légende, Padmasambhava serait venu à cet endroit sur le dos d’une tigresse, pour méditer dans une grotte pendant trois mois et dompter les démons de la région. C’est pourquoi le monastère porte le nom de Taktshang, ou Nid du Tigre. Le guide nous montre une photo de l’endroit et effectivement, sous une certaine lumière, la montagne ressemble à une tête de tigre (on voit bien les yeux et la gueule du tigre).
Le seul moyen d’y aller c’est à pied, ou alors moitié à cheval, moitié à pied. Le cheval peut faire économiser aux moins courageux 45 minutes de marche.

Pendant le Covid, tout le pays s’est réuni pour améliorer la route. Elle est devenue plus safe, plus large, ce qui est bien utile pour les jours de pluie.


45 minutes plus tard, nous arrivons à mi-chemin, à l’unique café du coin et nous sommes contents d’y prendre une boisson chaude. La terrasse permet de bien voir le temple de loin. On ne sait pas exactement comment on va y arriver, ça paraît très très loin comme ça.




Nous continuons le chemin. J’éteins toute activité non nécessaire càd la réflexion, et marche en mode automatique, un pas après l’autre. Je comprends pourquoi les pèlerins s’y rendent. Y aller est déjà un parcours spirituel, on y arrive plus vite en méditant en marchant, plutôt que de penser au chemin à parcourir. J’admire notre guide car toutes les semaines, il doit faire ce même chemin avec des touristes. On croisera même son frère ! C’est grâce à son frère qu’il a eu envie de devenir guide touristique.
Le guide nous dit qu’il est possible de dormir tout en haut, qu’il y a un autre chemin venant de l’autre côté de la montagne. Et c’est là qu’il nous raconte l’histoire des enfants dont le corps est abandonné en haut de la montagne après leur décès, selon la tradition bhoutanaise. C’est seulement le cas pour les enfants. Je ne suis pas sûre de ce qu’il m’a dit mais si j’ai bien compris, il a perdu son enfant et a dû porter son corps jusqu’à cette montagne… c’est tellement tragique que je n’ai pas osé poser plus de questions. Ca doit être si crève-coeur de perdre son enfant, mais en plus de devoir abandonner son corps, soi-même, à la montagne, je n’ose même pas imaginer !! Dans des régions comme le Bhoutan et le Tibet, le sol rocheux et gelé rend difficile l’enterrement. La funéraille céleste devient alors une solution pragmatique, tout en s’alignant sur les croyances religieuses locales : le corps revient à la nature après sa mort.
A partir d’ici, on ne monte plus, on descend 200 marches pour remonter une cinquantaine de marches.



De loin ou de près, ce temple est magnifique. C’est à partir du moment où nous l’avons dans notre champ de vision non-stop qu’on se sent plus énergétique, et plus motivé.

Pour accéder au temple, il faut traverser un petit pont très sympa.


Nous sommes en bas de l’escalier. Il y a un problème de taille : JB n’a qu’un short et les bhoutanais exigent qu’il couvre complètement ses jambes. Le guide n’a pas pensé à nous prévenir !! Plus question de faire demi-tour, et aucune possibilité non plus d’utiliser une écharpe pour se cacher les jambes, heureusement qu’il y a un pantalon à emprunter sur place, un jogging tout moche, mais ça permet au moins à JB de ne pas rentrer bredouille.

A partir de maintenant, aucune photo n’est autorisée. Nous visitons la grotte où le maître Padmasambhava a médité. J’attends que tout le monde sorte pour y rester une bonne dizaine de minutes. L’énergie dans cette grotte est incroyable et me calme. J’entends à la porte des pèlerins qui sonnent l’énorme cloche de temps en temps. A l’étage au-dessus, un lama est en train de prier, et les pèlerins se protesnent 108 fois devant les images du bhoudda. Ca m’a émue jusqu’aux larmes.
Nous visitons d’autres endroits, dont un où nous pouvons faire un voeu. Nous n’y croyons pas nos oreilles et redemandons au guide si nous pouvons vraiment tout demander. Il dit oui. C’est quand même très révélateur, quand on a droit à un voeu, quelle idée nous traverse la tête en premier. Nous faisons un voeu puis nous y laissons nos foulards blancs (ayant vu d’autres y aller) comme offrandes. Je vous updaterai sur l’état de ce voeu, s’il se réalise ou pas. En tout cas, à côté il y a un autre endroit où l’on peut demander de la richesse… et on zappe car on a compris que la richesse venait aussi en partie de nos efforts, donc si on la veut, qu’on la cherche nous-mêmes. Quand on est à l’intérieur du temple, on ne se rend pas compte de sa beauté, car il ressemble à n’importe quel autre temple, à part le fait qu’il faut changer de niveaux en permanence et marcher sur des rochers. Au dernier étage se trouve une salle où l’on peut allumer une lampe avec l’huile de beurre. On n’allume pas la lampe pour soi-même mais pour éclairer les autres âmes perdues. Nous choisissons la lampe la plus petite (car on n’a plus beaucoup de cash) et sommes très contents d’avoir attendre ce moment pour allumer notre lampe, et pas dans un autre endroit. En bas de l’escalier, il y a une source d’eau où nous pouvons remplir nos bouteilles. Elle est censée nous rajeunir, donc on en prend avec plaisir.

C’est parti pour une longue descente. Je marche encore en mode automatique jusqu’au café où nous prenons un déjeuner (buffet à volonté). Puis jusqu’au parking. Nous sommes très fatigués mais nous avons droit à une petite visite avant de prendre un bain chaud.
Ici non plus, JB n’a pas de pantalon donc la visite lui est interdite car le temple (Kyichu Lhakhang) est visité en ce moment par des officiels. Je visite seule avec le guide, mais il y ramènera JB le lendemain pour qu’il ne rate rien. C’est un des temples les plus anciens du Bhoutan. Il est beaucoup plus petit que les autres mais est joliment décoré. Il fait partie des 108 temples créés pour bloquer les démons (il y a un dessin qui montre que les 108 temples forment un animal qui veille sur le Bhoutan).

Je ne sais pas ce que vous en pensez de cette histoire mais le feng shui est un peu comme ça aussi : on construit des édifices pour modifier l’énergie d’un lieu : le rendre meilleur, la concentrer dans un endroit précis (par exemple l’orienter vers le salon ou le bureau) ou pour casser sa mauvaise énergie. En Chine, il y a une ville célèbre (Tuojiang) dont le pont (très pittoresque et très instagrammable) a été construit juste pour empêcher le développement économique et spirituel de l’éthnie minoritaire qui y vit (et ils ont réussi).
Nous allons à un bain chaud où le devant des baignoires dépasse de 20 cm, suffisant pour qu’un employé y glisse des pierres brûlantes et complète avec de l’eau chaude ou froide. Les employés ne peuvent pas voir les clients donc si on veut plus de pierres chaudes ou plus d’eau froide, il suffit de toquer sur le bois et crier dans un anglais cassé « more hot, number 3 » par exemple.

Les pierres viennent des rivières d’à côté et sont utilisées jusqu’à ce qu’elles se cassent.


C’est propre, très chaud, l’eau contient en plus des herbes médicinales. Il y a deux serviettes propres et deux bouteilles d’eau à l’intérieur. C’est vraiment une belle expérience, j’aime énormément ! Et surtout, ça fait du bien après autant d’effort physique.

En attendant le thé au lait, JB et notre chauffeur s’exercent au tir à l’arc. Comme nous l’avons déjà expliqué, le tir à l’arc bhoutanais a une cible à 130 mètres, mais on va se contenter d’une dizaine de mètres cette fois. Quelques flèches finissent dans la rizière, c’est plus difficile que ça en a l’air. Un touriste à côté s’impatiente car son guide est plus occupé par le tir à l’arc que par son travail. Il n’arrête pas de dire à son guide qu’il veut partir, celui-ci ne se bouge pas. C’est là où nous apprécions davantage notre guide et notre chauffeur. Car dès que j’exprime le besoin de partir (j’ai froid, mes cheveux ne sont pas secs), ils abandonnent thé et tir à l’arc et on part ASAP.

Nous retentons une dernière fois, cette fois, pour voir l’unique avion du jour décoller de l’aéroport, mais c’est comme hier : l’avion est déjà parti une heure avant. Ils n’ont tellement pas d’autres avions que les avions partent et viennent quand ils veulent ahaha.
Nous passons la nuit dans le même hôtel qu’hier. Le general manager vient s’excuser du manque de nourriture la veille et nous donne 10 fois plus de choses à manger. Il y a tellement de nourriture qu’on n’arrive pas à finir cette fois. Il dit qu’il y a eu un malentendu, les employés étaient trop concentrés à servir le buffet à un groupe de 60 touristes indiens qu’ils n’ont pas beaucoup cuisiné pour nous. Et qu’il y a eu un turnover tellement important chez eux que les nouveaux employés ne savent pas ce qu’il faut faire.
Dernier jour
JB visite le temple dont l’accès lui a été refusé hier. Nous profitons de notre dernier jour pour faire les dernières emplettes. L’idée est d’acheter des drapeaux de prière pour les accrocher quelque part. Et puis JB a la brillante idée de se faire raser. On trouve un excellent coiffeur qui le rase et lui coupe les cheveux.

Dernier déjeuner au Bhoutan :

Nous visitons quelques boutiques de souvenirs à Paro et découvrons que nous pouvons carrément ouvrir notre propre musée avec des antiques vendues ici. Par contre, les sortir du Bhoutan est une autre histoire !!

Nous trouvons un endroit accessible pour accrocher nos drapeaux de prière. Je ne sais pas combien de temps ils vont durer, mais j’espère pas trop longtemps. Ces drapeaux sont faits dans un tissu très fin et le vent les abîme très rapidement (on ne veut pas trop de déchets non plus).


Voilà, c’est déjà la fin de notre séjour au Bhoutan. Notre guide nous demande si on trouve les bhoutanais heureux.
La réponse est, selon moi, assez complexe. D’une part, le gouvernement mesure le succès du pays selon des critères complètement différents : le Bonheur National Brut (BNB), par exemple le taux de forestation, la préservation de la culture, l’économie équitable… et pas sur le GPD, la croissance économique. Ils organisent même des compétitions pour planter un max d’arbres en une journée et les militaires viennent enseigner aux habitants la meilleure technique pour le faire. D’autre part, les habitants, même s’ils veulent être capitalistes à fond, ne peuvent pas car l’offre est très limitée. Si le voisin d’à côté n’a pas de grosse TV, il n’y a aucune pression pour qu’on ait soi-même une grosse TV. En réalité, on ne sait pas ce qu’on veut, on veut ce que l’autre a. C’est comme au temps du communisme au Vietnam, les gens étaient tous pauvres donc le niveau de bonheur global était plus élevé que maintenant. Donc le succès du bonheur du Bhoutan dépend d’un environnement propice à la recherche du bonheur. Et ce, en supprimant un maximum l’ENVIE. Selon le bhouddisme, la vie est souffrance et la souffrance vient de l’envie et de l’ignorance. Si on n’arrive pas encore à supprimer l’ignorance, au moins, on réduit déjà énormément l’envie, et c’est le secret du bonheur bhoutanais.
Je suis partie avec cette conclusion – que je trouvais très triste car pour moi il y avait beaucoup trop de critères externes et qu’une personne seule aura du mal à se créer un environnement favorable aka le modèle bhoutanais est difficilement applicable ailleurs. Ils ont accès à la technologie mais n’ont pas d’usines chez eux donc la technologie vient des pays plus polluants. Si plus personne n’a envie d’usine chez soi, il n’y aura plus de smartphones !
Mais l’idée trotte toujours dans ma tête « supprimer l’envie, supprimer l’envie »… jusqu’au moment où je regarde un livre rare qui m’aurait donné envie et fait souffrir (car je ne peux pas me l’offrir), et au lieu de me dire « voilà, encore un bel objet que je ne pourrai jamais avoir, snif snif, je ne suis pas riche, snif snif », je me suis dit « c’est joli, je peux le faire moi-même » ! C’est là que j’ai compris pourquoi je passais autant de temps à faire de l’artisanat. Ce n’était pas prémédité, mais c’est pour ça : supprimer l’envie. Un objet que je pourrai faire devient un objet qui ne me torture plus, car je peux le faire à tout moment. Et puis je le regarde sous un autre oeil et finis souvent par conclure « ah non il ne vaut pas l’effort ! ».
Nous quittons notre guide et notre chauffeur, avec un pincement au coeur. C’est quand même bien d’avoir quelqu’un qui nous amène partout, pour une fois, je ne fais pas l’itinéraire, je peux arrêter de réfléchir et profiter du présent à 100%. Nous avons préparé de petites enveloppes avec pourboires pour eux. C’est attendu et apprécié, donc ne partez pas sans avoir donné de pourboires. Nous avions demandé à l’agence, au moment de la réservation, quel était le montant attendu. Sur le chemin vers l’aéroport, ils nous expliquent la signification du foulard blanc qu’ils nous ont offert à notre arrivée au Bhoutan. Oups, on les a déjà laissés au Tiger’s Nest.
Comme d’habitude, l’avion part une heure à l’avance. Nous avons trop de places car nous sommes à peine une vingtaine dans l’avion. Le départ est plus smooth que l’arrivée, et nous quittons ce beau pays, sans savoir si nous reviendrons un jour.




Partie 2 : Conseils pratiques
Nous sommes partis avec l’agence Bhutan Inbound. Nous avons pris l’avion depuis Bangkok, une des seules destinations qui ont un vol direct vers le Bhoutan. Plus d’infos sur le tarif et le paiement ici


