Apparemment, il serait plus facile de rencontrer le pape ou le président des États-Unis en personne que de voir le manuscrit Les Très Riches Heures du duc de Berry, pourtant gardé avec soin au musée Condé à Chantilly. Même les chercheurs ont du mal à accéder à ce trésor.

Mais nous avons beaucoup de chance car en ce moment même se tient une exposition exceptionnelle consacrée aux Très Riches Heures du duc de Berry. Cette présentation, qui se déroule jusqu’au 5 octobre 2025, constitue un événement majeur dans le monde de l’art médiéval.


Un manuscrit d’exception enfin dévoilé




Les Très Riches Heures du duc de Berry représentent l’un des chefs-d’œuvre absolus de l’enluminure médiévale. Commandé vers 1411 par le duc de Berry aux frères Limbourg, ce manuscrit n’avait fait l’objet d’une exposition que deux fois auparavant. La rareté de cette présentation publique rend l’événement d’autant plus précieux pour les amateurs d’art et d’histoire.
Le manuscrit comporte 66 peintures en pleine page d’une qualité artistique remarquable. Les célèbres miniatures du calendrier, véritables témoignages de la vie médiévale, offrent un voyage visuel saisissant entre scènes aristocratiques et paysannes. La finesse des détails et l’éclat des couleurs, préservés après six siècles, témoignent du génie des miniaturistes et enlumineurs.
Puisque le manuscrit a été réalisé par différents artistes sur une période très longue, l’exposition permet de suivre tout au long du parcours comment les Très Riches Heures ont toujours été connues et admirées et une source d’inspiration pour d’autres livres. Elle permet également de situer le livre dans son contexte artistique et politique, et nous donner plus d’informations sur le duc de Berry, un bibliophile et un prince important.
C’est exceptionnel de voir autant de codex, aussi bien conservés, prêtés par des musées du monde entier.
Voir les folios originaux nous permet d’apprécier davantage le travail des miniaturistes et enlumineurs car tout est minuscule et pourtant les visages, les poils de chiens… sont pleins de détails.




Une salle trop petite pour ce chef-d’œuvre
L’exposition se tient dans la salle du Jeu de Paume, malheureusement trop petite pour l’intérêt que le manuscrit suscite. J’y suis allée un mercredi à l’heure du déjeuner et le peu de monde qu’il y a s’entasse pour lire les explications minuscules et passer d’un folio à l’autre. La promiscuité rend les gens nerveux et impolis. On n’a pas le temps de regarder 5 secondes qu’un autre touriste nous souffle déjà dans le cou pour essayer de zoomer avec son téléphone. Les téléphones sont de sortie pour montrer « j’y étais » alors que les scans haute définition sont disponibles gratuitement en ligne.
Pour la première fois depuis 1416, les 6 livres d’heures commandés par le duc de Berry sont présents en même temps au même lieu. On peut s’extasier devant les « Belles Heures » qui ont fait l’objet d’une exposition récente à New York lors de leur restauration. Le manuscrit a été ensuite relié en plusieurs volumes pour garantir sa conservation ; seul un volume est exposé ici. Mais soyons contents de ne pas avoir à aller à New York pour le voir.
Ces livres d’heures, cousins des Très Riches Heures sont mis un peu à l’écart; mais au lieu d’attirer la foule, cela crée l’effet inverse : tout le monde se concentre sur les manuscrits le long du mur et ne fait aucunement attention aux livres d’heures !!

La partie la plus importante : les folios des Très Riches Heures représentant les 12 mois de l’année sont présentés à la verticale, tenus par des fils transparents très fins pour ne pas les abîmer. Et bien sûr, on peut regarder le recto et le verso. Mais l’espace est tellement petit que c’est une expérience extrêmement stressante ; on n’ose pas rester trop longtemps devant le folio car cela bloque complètement la circulation, et pourtant il faut prendre du temps pour apprécier les détails.




Dans un petit coin se cache un fac-similé des Très Riches Heures. C’est bien dommage car c’est une des rares fois où l’on a l’impression de feuilleter les Très Riches Heures et se rend compte de toute sa richesse, mais on se bouscule dans moins d’un mètre carré car il y a 2 petits écrans juste à côté sur la restauration du manuscrit. Les pauvres artistes restaurateurs : autant de travail pour être présentés rapidement sur deux écrans peu visibles, sans sous-titres en anglais. Heureusement il y a une vidéo façon immersive qui permet de montrer tous les détails trouvés lors de la restauration en effectuant des scans, c’était très intéressant.
Quelques explications sont imprimées au mur dans la grande salle, mais dans un doré tellement illisible compte tenu du manque de lumière dans la pièce que j’ai dû les prendre en photo pour mieux les lire sur le téléphone plus tard.


Bref, je suis extrêmement déçue par la taille de la salle et la mise en scène. Si les explications sont nombreuses et intéressantes, les conditions ne permettent pas de prendre le temps de bien les lire. Et je ne comprends pas bien le choix de ne pas trop mettre en avant les autres livres d’heures, ceux-ci ont moins d’explications que les livres au long du mur; donc si on ne fait pas attention, on aura envie de les zapper. De plus, il ne leur coûterait rien de mettre des explications plus grandes pour que plusieurs personnes puissent les lire en même temps en attendant que la place devant les folios ne se libèrent. Vraiment des micro-détails, micro frustrations qui s’accumulent alors que le manuscrit mériterait qu’on le respecte davantage.
Comparé à l’ampleur de l’expo et la place réservée aux Belles Heures par le musée MET à New York (vous pouvez voir quelques vidéos en ligne pour vous rendre compte de la mise en scène), on pourrait croire que les Très Riches Heures sont moins importantes.
Petite information complémentaire : seuls les deux cahiers ont été déreliés (cela concerne uniquement les calendriers) ; on ne verra pas forcément le folio original de l’homme zodiacal car celui-ci reste attaché au livre relié, et le livre sera ouvert sur une miniature précise qui changera tous les 15 jours. Les folios ont déjà été restaurés avant l’exposition, c’est pourquoi ils sont dans un état impeccable. En revanche, ils seront reliés de nouveau après l’exposition, et on ne les reverra probablement plus jamais de notre vivant.

Informations pratiques
Période : 7 juin – 5 octobre 2025
Lieu : Salle du Jeu de Paume, château de Chantilly
Tarification :
- Billet château + exposition : 21€ (tarif réduit 17,50€)
- Billet parc + exposition : 12€ (tarif réduit 10€)
- Gratuit pour les moins de 7 ans
La réservation préalable est fortement conseillée compte tenu de l’affluence exceptionnelle. L’exposition attire un public international, confirmant l’importance culturelle de l’événement.
Recommandations de visite
Vous pouvez prendre le TER / RER D vers Chantilly-Gouvieux. Ensuite, vous avez un bus local gratuit qui vous dépose devant le château.
Attention, il n’y a pas beaucoup de TER / RER / bus ; j’ai dû attendre chaque moyen de transport 30 à 45 minutes. Donc s’il n’y a plus de bus entre le château et la gare, il faudra soit marcher 35 minutes, soit prendre un Uber. Le trajet en transport public depuis Paris est très long et pénible ; si vous avez une voiture, je pense que c’est préférable.
Les gens deviennent très impolis dans un espace si réduit, donc je vous recommande de venir dès le matin.
Cette exposition restera probablement comme l’événement artistique majeur de l’année 2025 en France. Donc malgré les conditions peu optimales, pour les passionnés d’art médiéval comme pour les amateurs de patrimoine, il s’agit d’une opportunité exceptionnelle qu’il serait dommage de manquer.


