[Témoignage] Comment Adolphe « Franck » Bertier m’a arnaqué

Je décide d’écrire ce témoignage, sans aucun rapport avec le thème du blog, des années après les faits, car j’ai appris que l’escroc Franck Bertier continue ses méfaits entre deux séjours en prison. Comme je crains qu’il ne cessera jamais, j’espère que cette page se référencera dans Google et permettra à quelques uns de ne pas se faire avoir.

N’hésitez pas à partager vos témoignages en commentaire de cet article en précisant la date et le lieu. Cela pourra contribuer à aider le travail de la police. Votre adresse e-mail n’apparaitra pas publiquement mais je la communiquerais à la police si elle m’est un jour demandée.

Le 23 octobre 2012, vers 19h, je suis avenue de Breteuil dans le 17e à quelques décamètres de mon domicile. Je reviens du travail et en sortant du métro j’ai fait quelques courses pour le dîner.

Un couple m’aborde de manière anodine en me demandant pourquoi tout le monde est aussi stressé à Paris ? Je suis la première personne qui répond à leur sollicitation. Comme je viens de province et que le comportement des parisiens m’a toujours effrayé, ça me parle. J’avais lu quelques années le livre Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens qui décrit très bien toutes les techniques de manipulation. On est en plein dedans, Franck Bertier vient de mettre le pied dans la porte et il a déjà fait le gros du boulot.

On échange quelques banalités et on en vient au cœur du sujet. Ce sympathique couple m’explique qu’ils viennent de Toulouse en TGV, qu‘ils ont perdu leur portefeuille et que sans leur carte bancaire, l’hôtel qu’ils avaient réservé n’a pas accepté de leur donner leur chambre. Ils ne savent pas quoi faire et ont peur de dormir dans la rue.

Il crache un peu sur les banques dont les agences ferment à 16h et qui répondent jamais présentes quand on a besoin d’elles. Quatre ans après la crise financière de 2008 ça ne mange pas de pain et on a peu de chance d’être contredit.

Je ne sais plus comment ça vient dans la conversation mais il m’explique être professeur de karaté. C’est tout à fait crédible car il a un gabarit impressionnant. Ça arrive un peu comme un cheveu sur la soupe mais je pense que c’est un élément à part entière de la manipulation car implicitement ça engage une forme de pression physique.

Durant tout l’échange, la femme qui l’accompagne ne décroche pas un mot, à tel point que je serais incapable de la décrire précisément physiquement à l’enquêteur de police. J’apprendrai plus tard qu’elle s’appelle Janik Passalacqua. Même si je ne lui adresse pas la parole, elle a aussi une part importante dans l’arnaque : c’est idiot mais on a plus tendance à faire confiance à un couple qu’à un homme seul.

Après une petite dizaine de minutes de conversation, la demande tombe : Franck Bertier me demande si je peux les dépanner de 80 € pour payer une nuit d’hôtel. Ils me rembourseront le lendemain après avoir pu récupérer de l’argent dès l’ouverture des agences bancaires. Le montant demandé est parfait : c’est le prix d’un hôtel bas de gamme à Paris. C’est en dessous de la barre symbolique des 100 € et c’est un montant qui reste relativement faible pour que les victimes ne s’embêtent pas à se lancer dans de longues procédures.

Franchement, à ce moment là, intérieurement je sens qu’il y a de bonnes chances que ce soit une arnaque. Je perçois les ressors de la manipulation. D’un autre côté, c’est difficile de dire non à un couple en difficulté avec qui on vient de passer 10 minutes. Et je m’identifie : leur récit est crédible, cela pourrait m’arriver et s’ils disent la vérité, je me sentirais mal de les laisser dormir dehors.

Avec le recul : il y aurait tout de même des solutions. Un proche pourrait faire un transfert Western Union qu’ils pourraient récupérer quelques minutes plus tard en présentant leur passeport (ou un code secret que seul le proche peut leur communiquer). Ou bien réserver et payer une nuit d’hôtel en ligne.

En guise de bonne fois, Franck Bertier (nom sous lequel il s’était présenté et qu’il utilise le plus souvent) me montre son passeport que je photographie. Je ne fais pas attention sur le moment mais son vrai nom est Adolphe Bertier. Au 21e siècle, ce n’est pas forcément un prénom très facile à porter, ce n’est pas choquant qu’il en utilise un autre ^^.

Il me propose de rédiger une reconnaissance de dette, je refuse et… j’accepte de les aider !

N’ayant pas la somme sur moi, je me revois, trop bon trop con, sortir ma carte bancaire, retirer 80 € au distributeur à quelques pas de là (ils avaient choisi un lieu stratégique !) et leur confier les billets. C’est là que l’arnaque est magnifique : les victimes sont consentantes, ce n’est pas vraiment un vol mais un prêt qui ne sera pas remboursé, il n’y a pas d’armes, pas de violence. Tout ça garanti une faible condamnation le jour où ils devront répondre de leurs actes.

Janik Passalacqua ouvre la bouche pour la première fois pour me remercier chaleureusement et organiser l’échange de numéros de téléphone. Je prends soin de vérifier que le numéro est bon et on convient de s’appeler le lendemain. Une fois la somme sécurisée, Franck Bertier essaie de gratter encore un petit peu en me demandant si j’ai un ticket resto pour qu’ils ne se couchent pas le ventre vide ce soir. Je refuse poliment.

Quelques instants plus tard, je suis à l’appartement et j’annonce à Anh : « Il y a une chance sur deux que je me sois fait arnaquer de 80 € ». Je lui explique ce qui vient de se passer et me mets devant l’ordinateur. Je google Franck Bertier et ne mets que quelques instants à tomber sur le témoignage de quelqu’un qui a vécu la même chose que moi (ici).

En dessous de l’article, je découvre stupéfait… des centaines de commentaires avec à chaque fois le même témoignage. Seuls les montants et les lieux diffèrent.

Je suis même abasourdi en découvrant que le jour même, il y a déjà quatre autres témoignages de personnes qui se sont fait avoir dans le même quartier que moi. Ça donne une idée de l’efficacité de son stratagème et des montants qu’il peut collecter quotidiennement.

Je laisse à mon tour un petit commentaire avec l’intention de déposer plainte le samedi suivant.

Mon commentaire quelques minutes après m’être fait avoir (le système de date et d’heure a un petit décalage)

Je déroule les nombreux témoignages et certains sont assez cocasses.

Une personne, paniquée, explique qu’il découvre l’arnaque… Alors que Franck et Janik sont en train de dormir à l’étage de son domicile ! N’ayant pas d’argent à leur prêter, il leur a proposé de les héberger !

Une personne déterre même un article datant de 2009 du Huffington Post qui semble évoquer Franck Bertier même si son nom n’est pas cité. L’article relate un escroc qui en Gironde, de 2006 à 2009, se faisait passer pour un champion de boxe ou de karaté sourd et muet, pour démarcher des entreprises et demander du sponsoring.

Dans ce qui ressemble à un petit syndrome de Stockholm, je ne peux pas m’empêcher d’avoir une part d’admiration. Chapeau l’artiste, tu les as méritées tes 80 € !

Par acquis de conscience, j’essaie de téléphoner le lendemain. Evidemment, ça sonne dans le vide. Finalement, je ne vais pas porter plainte le samedi suivant me disant que ça ne servira pas à grand chose.

Je passe à autre chose mais par curiosité je retourne sur le blog de temps en temps pour suivre les escroqueries de nos deux compères qui continuent. Jusqu’en juin 2013, ils arnaquent quelqu’un qui va être un peu plus énervé que tous les autres et décide de ne pas lâcher l’affaire. Il arrive à faire en sorte qu’un policier centralise désormais toutes les plaintes, ce qui n’était pas le cas auparavant. Les plaintes étaient disséminés dans de nombreux commissariats de nombreuses villes, ce qui jouait en faveur d’Adolphe « Franck » Bertier.

Je décide donc de déposer plainte à mon tour, c’est chose faîte le 6 juin 2013. Comme dans une série policière, le policier me présente une planche composée de 12 photographies d’individus différents. Je reconnais formellement Adolphe Bertier. Je ne serais pas en mesure de reconnaître Janik Passalacqua.

Je vous passe les détails dont je ne me souviens plus mais Adolphe et Janik avaient déjà été arrêtés, condamnés mais relâchés quelques mois plus tôt car il n’y avait pas assez de plaignants.

Finalement, le 8 novembre 2013, à Toulouse, un homme se fait de nouveau avoir. Il découvre l’ampleur de l’arnaque et décide de tracker Adolphe et Janik. Il les suit jusqu’à leur hôtel et appelle la BAC. Ils sont alors interpellés en flagrant délit et placés en détention provisoire.

Quelques jours plus tard, je suis contacté en urgence par le Tribunal de Grande Instance de Toulouse. Adolphe et Janik sont convoqués pour leur procès et on me demande si je souhaite me constituer partie civile. J’accepte, je peux même demander des dommages et intérêts.

C’est le moment de payer, Adolphe « Franck » Bertier et Janik Passalacqua sont condamnés à un an de prison ferme avec mandat de dépôt.

Mon préjudice et mes dommages et intérêts sont reconnus, je suis en droit de récupérer 160 €. Le plus simple pour cela est de faire un dossier auprès de la SARVI, le fond de garantie des victimes. Ce fond avance les fonds pour indemniser les victimes et prend à sa charge les démarches pour faire payer les coupables. Le dossier a l’air assez compliqué donc je laisse tomber.

J’en serais donc pour 80 € de ma poche mais une belle histoire à raconter.

Malheureusement, nos deux amis ont repris du service puisque des témoignages similaires recommencent à partir d’octobre 2019.

Selon un article de La Provence, ils ont été arrêtés à Aix en Provence le 27 décembre 2019. Le procès était fixé au 29 janvier 2020. Quelqu’un semble cependant les avoir vus à Paris mai 2020, il y a donc de bonnes chances pour que leurs méfaits continuent…

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    Jean-Benoit

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