Ce mois-ci, je suis partie deux semaines en vacances donc je n’ai pas eu le temps de lire. Je vais juste partager avec vous deux trois trucs que j’ai trouvé intéressants. J’ai récemment recroisé un ami avec deux enfants donc on a beaucoup parlé de l’éducation des enfants.
La première idée concerne l’application de la répétition espacée chez les enfants. L’émission Are You Smarter than a 5th Grader? (où l’on pose à des adultes des questions censées être faciles pour un élève de primaire, puisqu’il vient de les apprendre en classe, et où les adultes échouent souvent) illustre bien ce phénomène : une grande partie de nos connaissances scolaires ne fait que transiter par la mémoire à court terme. Sans révision régulière, il ne nous reste au final que des miettes de ces 17 années passées sur les bancs de l’école. La répétition espacée peut résoudre ce problème, très facilement.
La deuxième idée, c’est le programme scolaire qui s’est fortement simplifié. Le père de la lauréate la plus jeune au brevet a dit que son enfant n’était pas forcément plus intelligent que d’autres, mais qu’il lui enseignait le programme de 1950, d’où ses excellents résultats. J’ai appliqué cette méthode sans le savoir : Au lycée, je suis tombée sur un livre de mathématiques du programme de 1945 des éditions Jacques Gabay, et réviser ce programme m’a permis d’avoir d’excellentes notes; et obtenir une place en Maths Sup – Maths Spé dans un lycée prestigieux, alors que je ne suis pas du tout un génie en mathématiques. Je m’en souviens, ce programme était très lourd avec beaucoup plus de théorèmes à retenir que le programme déjà très chargé de mon lycée.
Recall.cards
Les résultats de PISA 2025 publiés récemment montrent une baisse dans le monde entier. La compréhension écrite et les scores mathématiques baissent significativement, et je pense qu’avec la répétition espacée, tout le monde peut mémoriser plus en apprenant moins, dégager du temps pour autres choses, tout en étant plus intelligent que les générations précédentes. En parlant de répétition espacée, je ne peux que vous recommander l’outil Recall https://recall.cards/ de mon ami F.
Recall est une application de flashcards moderne conçue pour rendre la mémorisation aussi efficace que possible, avec le mot d’ordre « apprendre plus, réviser moins ». Grâce à un algorithme de répétition espacée, l’application calcule le moment optimal pour réviser chaque carte, ce qui réduit considérablement la charge de travail tout en maximisant la rétention à long terme. Recall se distingue aussi par son autofill par IA, capable de générer automatiquement réponses, traductions, prononciations audio ou images pour accélérer la création de cartes, ainsi que par ses connecteurs IA (MCP) qui permettent de transformer directement une conversation avec ChatGPT ou un autre assistant en deck de révision.
Mon ami F. a amélioré l’algorithme de répétition espacée pour qu’on passe encore moins de temps en révision et mémorise davantage (donc plus efficace qu’ANKI). Le fait que ce soit compatible IA permet de créer des listes de révision (qui, avant, prenait un temps fou) avec l’IA en quelques secondes. Des techniques mnémotechniques & prononciations sont ajoutées également. Il y a plein de decks déjà faits pour apprendre le japonais ou le chinois.




Si la méthode de flashcards et de répétition espacée ne vous convainc pas, lisez cet article : Le Développeur qui sait tout. Même dans un monde d’IA, nous avons encore besoin de mémoire.
Couples Therapy

Autre sujet, je suis tombée sur des extraits de cette série HBO qui filme des couples en thérapie chez une psy de manière authentique. J’ai beaucoup aimé car les commentaires des internautes sont aussi ultra qualitatifs.
La dynamique entre les couples est assez similaire, je trouve : souvent, il y a une personne qui n’a pas vraiment travaillé sur elle-même, comme une assiette à laquelle il manquerait un morceau, et cette personne cherche le morceau perdu chez son partenaire. Mais son partenaire n’est pas exactement le morceau qu’elle recherche, donc la personne se met en colère, devient aigrie et critique son partenaire. Toute cette dynamique se voit assez rapidement chez la psy, parce qu’elle pose de bonnes questions. On a « la vision de la femme », puis « la vision de l’homme », et on comprend qu’il y a souvent des problèmes de communication, des attentes non dites, des problèmes plus graves enfouis, mais aussi qu’on attend de l’autre qu’il devine ce qui ne va pas et qu’il nous sauve.
Warning : il y a beaucoup de narcissiques dans cette émission. Certains d’entre eux vous fatiguent même derrière l’écran 😀
Ce qui est le plus intéressant, ce sont les commentaires des internautes. Ils analysent tout : les expressions, les gestes, les mots… ce qui permet finalement de constituer une sorte de « dictionnaire » visuel des signes auxquels il faut faire attention quand on communique avec quelqu’un. Je pense que c’est une excellente émission pour développer son intelligence émotionnelle.
Quand on comprend pourquoi la personne réagit de cette manière, dans 90 % des cas, ça n’a rien à voir avec nous, mais avec une attente non dite à laquelle on n’a pas répondu. Récemment, j’étais dans un groupe de bibliophiles et on discutait du Tao Te King. Une personne a posé une question pointue, à laquelle j’ai répondu avec enthousiasme. Mais elle avait l’air hyper vexée et a pondu une réponse sans queue ni tête. Ça m’a beaucoup surprise, je me suis demandé s’il y avait un problème avec ma réponse. En fait, cette personne, en posant une question appuyée par plein de citations, s’attendait peut-être avant tout à recevoir un compliment. Elle ne l’a pas reçu, et elle s’est vexée. En voyant la forme de la question, j’aurais dû m’abstenir de répondre.
Dans Óc sáng suốt de Nguyễn Duy Cần (que je recommande vivement aux vietnamiens), il dit que quand on voit le résultat (ou karma), il faut toujours chercher la cause. Observer, ce n’est pas seulement remarquer qu’une personne a fait quelque chose, qu’elle a réagi d’une certaine manière. C’est essayer de comprendre ce qui se trouve derrière ce qu’on voit : qu’est-ce qui a produit ce résultat ? Quelle logique, quelle peur, quelle attente, quelle habitude ou quelle croyance se trouve derrière ? Ainsi, on jugera moins, et sera moins impacté par les paroles et des actions de cette personne.
« Pour percevoir la véritable nature de chaque chose, il faut la regarder telle qu’elle est réellement, sans déformation. La plupart de nos tourments ne viennent pas des événements eux-mêmes, mais des émotions qu’ils font naître en nous, c’est notre attention qui se fixe sur ces émotions plutôt que sur les faits. Et bien souvent, ce sont justement ces émotions qui nous entraînent vers la souffrance. »
Dans les cas où un partenaire est narcissique, on se demande comment l’autre personne a pu supporter la situation pendant autant d’années. Parce que nous, derrière l’écran, au bout de 3 minutes, on n’en peut déjà plus ! 😀 On se dit qu’il faut vraiment apprendre à aimer soi-même sinon on peut très facilement tomber sur des narcissiques comme ça. Et vice versa, il faut travailler sur soi-même d’abord sinon on va pourrir la vie de quelqu’un d’autre.
Sur ce sujet, je suis tombée sur une analyse de La Métamorphose de Kafka, qui pose une question ouverte : « Pourquoi, à la fin, tous les membres de la famille s’en sortent beaucoup mieux que lorsque Gregor s’occupait financièrement d’eux ? ». Quand il s’est transformé en insecte et qu’il n’a plus pu subvenir à leurs besoins, comme par miracle, ils ont été capables de se débrouiller par eux-mêmes. Donc tous les sacrifices de Gregor faisaient du mal à la fois à lui-même et à sa famille.
Il arrive très souvent qu’après la séparation d’un couple, le « loser » du couple se révèle capable de beaucoup plus. Quand l’autre a toujours été là pour combler ses manques, répondre à ses besoins financiers, l’aider pour ses papiers administratifs, etc., il n’a jamais vraiment eu besoin de développer pleinement son autonomie ni de travailler sur lui-même. La séparation va alors l’obliger, pour la première fois, à se débrouiller seul et à révéler un potentiel qui n’avait jamais été exploité jusque-là.
C’est aussi ce qui m’a fait penser au thème du « laisser les gens atteindre leur plein potentiel ». J’ai regardé une vidéo sur le chemin que prend une jeune maman vietnamienne, entourée de psychologues (Emotion Coaching), pour tenter de sauver sa relation avec ses enfants. Cette maman, sous prétexte de « vouloir le bien pour ses enfants », les façonne à l’image d’une version améliorée d’elle-même, à coups de colère, de reproches, d’exigence, de contrôle et de demandes de reconnaissance (abus émotionnel). Grâce à l’émission, elle prend conscience de sa propre toxicité, mais peut-être trop tard.
La maman voit les larmes de sa fille qui s’entraîne au piano sans aucune passion. Au lieu de comprendre ce qu’elles essaient de lui dire, elle lui demande : « Pourquoi tu pleures ? Pourquoi, pourquoi ? » Mais sa fille reste dans le mutisme, parce qu’au fond, même si elle essayait d’expliquer ce qu’elle ressent, elle sait qu’elle finirait par se faire engueuler. Alors la maman lui reproche de ne pas « s’exprimer », alors même que l’espace pour s’exprimer n’a jamais vraiment existé. C’est très cruel de reprocher à quelqu’un son « manque de communication » lorsque chaque tentative de s’exprimer se solde par davantage de colère ou de culpabilisation. Quand la petite ne jouait pas au piano, elle se faisait engueuler. Quand l’aînée jouait du piano, elle se faisait engueuler aussi parce qu’elle jouait trop fort. Quoi que fassent les enfants, ce ne sera jamais assez bien pour cette maman. Il n’y a jamais de « bonne » manière de faire : quoi qu’ils choisissent, ils sont en faute. Quand aucune issue ne permet d’échapper aux reproches, l’enfant pense que le problème ne vient pas de ce qu’il fait, mais de ce qu’il est, il ne va pas tout de suite remettre en cause les parents.
Au fond, tout le monde cherche à être aimé pour ce qu’il est, de manière inconditionnelle, et non pour ses notes, son portefeuille, sa réussite ou sa beauté. Et certains enfants n’ont même jamais vraiment eu le droit d’exister en tant qu’êtres individuels. Ils deviennent des poubelles émotionnelles, des faire-valoirs, des extensions de leurs parents, des projections vivantes de leurs ambitions, de leurs regrets ou de ce qu’ils auraient aimé être eux-mêmes. Leur identité se construit alors autour de ce qu’on attend d’eux. Et lorsqu’ils ne sont pas à la hauteur, ils peuvent avoir l’impression de disparaître. Comme si, en cessant d’être l’enfant qu’on attendait d’eux, ils cessaient aussi d’être dignes d’amour et d’exister. C’est pour ça que Gregor s’est transformé en insecte dégoûtant.
Ces enfants-là deviennent des experts en anxiété (ou perfectionnisme, prévoyance, hypervigilance, people pleasing…). Ils apprennent à anticiper les scénarios A, B, C, à décoder les sautes d’humeur. Le système nerveux d’un enfant qui ne sait jamais si le parent qui rentre ce soir sera doux ou furieux reste en état d’alerte permanent : c’est ce que la théorie polyvagale de Stephen Porges décrit comme un système nerveux autonome bloqué en mode de détection du danger, incapable de se relâcher véritablement, même en l’absence de menace immédiate. Cette hypervigilance, qui ressemble de l’extérieur à de l’intuition ou à une grande sensibilité, est en réalité une stratégie de survie : mieux vaut prévoir l’orage que le subir sans préparation. Mais l’anticipation ne suffit pas toujours, alors ils apprennent à se faire discrets, à faire passer les besoins des autres avant les leurs et tombent souvent, plus tard, sur des partenaires narcissiques, perpétuant ainsi le cycle. Les parents toxiques d’aujourd’hui ont été les enfants de parents toxiques hier : d’où l’importance du travail sur soi, pour ne pas reproduire la transmission transgénérationnelle.
Soie
En ce moment, il fait très chaud à Tahiti. Heureusement que tous mes vêtements sont en matières naturelles dont 80% en soie. Je croyais mes vêtements en soie déjà très bien mais apparemment, il y a des soies encore plus prestigieuses. Je vais les acheter plus tard et les amener chez un tailleur. La soie est une matière fragile donc je dois les remplacer constamment. Dès la moindre tache, on ne peut plus les sauver.
La soie 香云纱, Xiāngyúnshā, originaire de la région de Shunde, dans le Guangdong, en Chine, se distingue avant tout par une technique traditionnelle de teinture et d’ennoblissement particulièrement complexe. Son originalité repose sur l’utilisation de deux éléments naturels : le jus de 薯莨 (shǔliáng), une plante riche en tanins utilisée comme teinture végétale, et la boue des rivières de la région, riche en ions métalliques. La soie blanche est d’abord immergée à plusieurs reprises dans le jus de cette plante, puis étendue et exposée au soleil ; ces opérations de teinture et de séchage sont répétées de nombreuses fois afin que les tanins pénètrent progressivement dans les fibres. Vient ensuite l’étape essentielle appelée 过泥 (guò ní), ou passage dans la boue : une fine couche de boue est appliquée sur la surface de la soie préalablement teinte. Les tanins de la plante réagissent alors avec les ions de fer présents dans la boue, provoquant l’apparition d’une couleur noire-brun profond et d’un éclat caractéristique.

La soie Lãnh Mỹ A, emblématique de Tân Châu, dans le delta du Mékong au Vietnam, possède elle aussi une identité qui repose essentiellement sur son procédé de teinture traditionnel. Elle est fabriquée à partir d’une soie de haute qualité, puis teinte avec le jus ou la résine du fruit du mặc nưa (Diospyros mollis), une matière végétale autrefois abondante dans la région de Tân Châu et devenue aujourd’hui beaucoup plus rare. La teinture ne consiste pas en une simple immersion : la soie est plongée de nombreuses fois dans le liquide extrait du fruit, puis lavée, séchée au soleil et à nouveau teinte. Ce cycle est répété sur plusieurs étapes, parfois pendant plus d’un mois et avec des centaines d’opérations de teinture, de lavage et de séchage. Le tissu est également soumis au battage ou martelage contrôlé de la surface, afin de faire pénétrer davantage la matière colorante et de développer progressivement son aspect lisse et brillant. C’est cette succession de teinture végétale, de lavage, de séchage et de travail mécanique qui donne au Lãnh Mỹ A son noir profond, presque noir d’encre, et son éclat particulier, plutôt qu’un simple noir obtenu par une teinture industrielle. Plus la soie est portée et entretenue, plus sa surface développe cette brillance caractéristique.




IA
On continue à apprendre à l’utiliser l’IA. On est trop contents car on a l’impression d’avoir des stagiaires ou assistants virtuels. JB lance des agents Hermes dans tous les sens, principalement pour envoyer des documents à son reMarkable. reMarkable, avec son accès SSH, est extrêmement compatible avec les agents IA.
Pendant mes vacances, n’ayant pas mon ordinateur avec moi, j’ai testé le cloud de Claude Code (claude --cloud) et je l’ai trouvé plus rapide et pratique. On n’a pas besoin d’avoir son ordinateur branché, les réponses ont l’air de venir plus vite (commandes exécutées sur une machine virtuelle du côté Anthropic), et on peut automatiser le tout avec des routines schedule. Les tâches étaient traitées tellement vite pendant mes vacances que j’ai dû lui donner des tâches supplémentaires. Il vous faut juste un compte Github et un abonnement Claude pour le mettre en place.


J’ai testé JEV pour auditer la qualité de mes traductions, je vous laisser découvrir JEV grâce à la vidéo de Kévin :

